mardi 26 octobre 2010

MEDITATION SUR L'IMPERMANENCE

La méditation sur l’impermanence est fondamentale dans le bouddhisme tibétain, et en particulier dans l’école Nyingmapa. Voici ce qu’écrit Toulkou Tsourlo dans son commentaire du Gongpa Zangthal (la Vision Infinie du Dzogchen). :

« On ne peut faire l’économie de la méditation sur l’impermanence, quelle que soit la pratique, au début, au milieu ou à la fin. Le plus gros obstacle à la pratique est la paresse et la procrastination. Leurs antidotes sont la diligence semblable à une armure, la diligence dans l’action et la diligence insatiable. L’excellente méthode qui génère cette diligence est la méditation sur l’impermanence...

La fructification de la vraie méditation, qui est la réalisation de la vue, dépend de ce qu’on possède la grâce du Lama, qui est produite par la dévotion à son égard. Or la génération de la dévotion envers le Lama et l’obtention de sa grâce dépendent du fait d’avoir accompli de véritables purifications et accumulations. Aussi afin d’inspirer un grand enthousiasme pour les accumulations et la purification, tu dois méditer sur l’impermanence. »

Il faut noter que dans la tradition du Terma du Nord, une place spéciale est accordée à cette méditation, à tel point qu’en plus d’être abordée avec les quatre pensées qui détournent du samsara, elle constitue l’un des ‘Cinq Clous’ des préliminaires particuliers, au même titre que la prise de refuge et le développement de l’esprit d’éveil, l’offrande du mandala, la purification par la pratique de Vajrasattva et le yoga du Maître. Sur la pertinence de pratiquer la méditation sur l’impermanence lors des préliminaires particuliers, Toulkou Tsourlo explique :

« Ayant effectué les accumulations et la purification, tu dois méditer sur le clou de l’impermanence plus tard [à ce niveau] pour générer l’enthousiasme pour les prières dévotionnelles envers le Lama, le clou du yoga du Maître. »

Quant à la méditation en elle-même, il explique :

« Ici, tu dois méditer sur les trois points, les neuf raisons et les trois déterminations. »

Les trois points sont : 1) La mort est inéluctable.
            2) Le moment de la mort est incertain.
            3) Au moment de la mort, rien ne sera utile hormis le Dharma.

 « Tu dois tout d’abord penser à la mort, qui va survenir pour toi sans aucune doute, et que tu ne peux pas éviter par aucun moyen. ‘A présent, j’ai obtenu la vie, qui vaut quelque chose et qu’il est très difficile d’obtenir, mais si je n’en tire pas profit, elle ne durera pas longtemps et sera certainement détruite. Quel  que soit le type de corps que j’aie pris, il est voué à mourir. Même si par le passé, des Bouddhas sont apparus plus nombreux que les atomes de l’océan, aujourd’hui, il n’en reste plus guère que des histoires exposées dans les Soutras.

Lorsque le Bouddha de notre temps fut sur le point de passer dans le nirvana, Sharipoutra et quatre-vingt mille arhats, Maugalapoutra et soixante-dix mille arhats ainsi que Prajapati et cinq cents arhats passèrent dans le nirvana. Puis le Bouddha lui-même passa dans le nirvana avec dix-huit mille arhats. Aussi lorsque se tint la première assemblée, il ne restait plus que cinq cents arhats.

De même, par la suite se succédèrent tous les érudits, comme [en Inde] les Sept patriarches, les Six Joyaux et les Deux Suprêmes, et au Tibet les Trois Rois ancestraux du Dharma, So Zour et Noub [des Nyingmas], les trois maîtres [kagyoupas] Marpa, Milarèpa et Dagpo, les cinq grands souverains sakya, et les trois seigneurs, le père et le fils [gélougpas] du Tibet. Parmi eux, aucun n’est encore en vie physiquement. Seuls survivent leurs noms et le portrait qu’on en dresse dans leur biographie.

Dès lors, quelqu’un comme moi, sous le joug des forces extérieures des mauvaises actions, dépendant entièrement d’un corps empêtré dans les circonstances adverses, pourquoi ne devrais-je pas mourir ? Oui, c’est sûr, je vais mourir !

Où que je cherche, il est impossible de trouver un abri où la mort ne puisse pénétrer. Elle le pourra à coup sûr. Par exemple, un jour, les troupes Viroudhaka attaquèrent Kapila et de nombreuses personnes du clan Shakya furent tuées. Le Bouddha cacha alors quelques enfants sur le Mont Mérou, dans le soleil et la lune. Mais plus tard, lorsqu’il s’enquit d’eux, tous étaient morts [car le moment karmique de leur mort était arrivé].

Dans le passé, le présent et l’avenir, il n’y a pas de différence en ce qui concerne le fait que la mort survienne. De même que nous l’avons expliqué dans le cas du passé. Si je regarde dans une foule, de par l’impermanence, dans soixante ou soixante-dix ans, pas une seule personne ne sera encore en vie. Il est certain que tous ne seront plus qu’ossements et cendres dans les cimetières. Et ceux qui naîtront dans l’avenir n’auront d’autre choix que d’affronter un sort identique à ceux du passé et du présent. Aussi comment moi seul pourrais-je avoir le privilège de vivre sans jamais mourir ? S’il y avait un moyen de se défaire de la mort, je pourrais survivre, mais c’est impossible : il n’y a aucun moyen. Même ceux qui courent vite ne peuvent échapper à la mort. Même les sages, ceux qui détiennent les cinq sortes de clairvoyances, qui furent capables de voler dans le ciel, n’ont eu le pouvoir de s’échapper dans un état d’immortalité quand la mort a fondu sur eux.

Pas moyen non plus de la repousser par l’usage de la force. Même avec la puissance du lion ou de l’éléphant, lorsque les forces déclinent, on est obligé de perdre la vie. Même la richesse ou l’éloquence ne peuvent protéger de la mort. Les monarques universels et leurs excellents ministres ont dû renoncer à leur royaume. Les mantras et les remèdes ne peuvent affranchir de la mort. Lorsque le moment est venu, même Koumara, Djivaka ou Vajrapani ne peuvent sauver qui que ce soit.

Aussi, comme la naissance se termine par la mort, je dois pratiquer le Dharma qui est un bienfait au moment de la mort.

Deuxièmement, pense au fait que la durée de vie décroit sans cesse, sans que rien jamais ne s’y ajoute.

« Ma vie s’est écoulée par le passé, s’écoule maintenant et s’épuisera dans le futur. Chaque année, chaque mois, chaque jour et chaque instant, comme l’huile d’une lampe se consume. Comme un fleuve sans réservoir, ma vie s’épuise sans aucun renouvellement. Aussi la mort ne s’éloigne pas de moi, mais elle se rapproche de plus en plus, et je suis comme un prisonnier qu’on mène à l’exécution. Il est certain que je vais mourir. »

Troisièmement, pense au fait qu’il n’y a pas d’époque particulière pour pratiquer le Dharma.

« Je ne vais pas tarder à me retrouver au crépuscule de la vie. Après la naissance, j’ai passé de nombreuses années, une dizaine ou plus, à des activités d’enfant. Puis j’ai atteint la vingtaine, puis la trentaine, la jeunesse. J’y ai passé mon temps à défaire les opposants, et à prendre soin de mes proches. Puis, sans le remarquer, des signes de vieillissement sont apparus. J’ai vite vieilli. Avec la vieillesse, mon corps et mon esprit sont perturbés par les douleurs de l’âge. Je n’éprouve que souffrance. Et maintenant, c’est ainsi que je vais mourir.

La fin de la vie se rapproche tellement. Je n’ai pas le temps de pratiquer le Dharma en dilettante. Je dois pratiquer le Dharma, et interrompre fermement toutes les autres activités. Même si j’essaie vraiment de pratiquer le Dharma, je perdrai la moitié de mon temps à dormir. J’en perdrai aussi en mangeant, en buvant, en voyageant, en parlant etc. Il est très rare de consacrer sa vie entière au Dharma. Je dois être déterminé à pratiquer le Dharma, et le faire !

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