samedi 13 décembre 2014

INTRODUCTION

A LA

NATURE ORIGINELLE DE PRAJNAPARAMITA


Il y a une vingtaine d'années, alors que nous faisions une retraite à Prémanon dans le Jura, CR Lama nous avait transmis un texte de pratique intitulé : « Le Dzogchen de machig Labdron. » Il nous avait alors introduit à la nature de l'esprit selon les termes de cette pratique terma. En voici une traduction :

Les personnes à l'esprit tranchant qui ont la foi et veulent pratiquer et comprendre le dzogchen doivent se retirer dans un endroit très plaisant, paisible et isolé.

Le yogi doit penser à tous les êtres sensibles. En gardant à l'esprit la grande opportunité que nous avons de posséder un corps humain, il est d'une importance capitale de méditer sur l'impermanence et de développer un profond renoncement à toutes les activités mondaines. Au contraire, on doit décider d'être bénéfique à tous les êtres sensibles.

Puis, en laissant son corps, sa parole et son esprit détendus et dans un état naturel (non artificiel), il doit méditer comme suit :

Extérieurement, les pierres, les montagnes, tous les objets matériels dépourvus d'esprit, et intérieurement tous les êtres sensibles ne sont que des noms donnés par notre esprit, sans aucune réalité quelle qu'elle soit1. En ce qui concerne cet esprit, vous devez examiner à quoi il ressemble (ressemble-t-il à un être humain ou à un autre être, est-il fait d'une matière quelconque...?) De quelle couleur est-il ? Quelle forme a-t-il ? Vous devez vraiment examiner votre esprit de cette façon et rechercher si vous trouvez quelque chose. Egalement, concernant cet esprit, vous devez essayer de découvrir d'où il vient, où il réside et où il s'en va. Encore et encore, vous devez investiguer ainsi de manière exhaustive.

Vous devez rechercher partout la nature de l'esprit. Est-ce une chose extérieure (matérielle) ou se trouve-t-il à l'intérieur du corps ? Vous devez le rechercher de la tête aux pieds. Si vous ne pouvez rien trouver, vous devez décider encore et encore qu'il est vide et sans aucune nature propre intrinsèque. Il n'y a rien à trouver là.

Vous devez ensuite conserver votre esprit dans son état naturel, sans inviter les pensées futures ni suivre les pensées passées. Qu'est celui qui comprend ? Il y a tout de même bien quelque chose (qui comprend) ? C'est la conscience ! Vous devez décider cela. Ne faites rien, ne changez rien, ne fabriquez rien. Alors, celui qui ressent (qui expérimente), l'intellect (bLo), l'esprit (yid), celui qui pense (sems), la sagesse ou la connaissance supérieure sont reconnus comme n'étant pas différents les uns des autres et sont ainsi libérés. C'est la conscience naturelle originelle (supérieure à vipasana). Vous devez comprendre cela, c'est très important.

Vous devez rester longtemps ainsi et beaucoup de pratique est nécessaire ! Puis vous réalisez que quelles que soient les bonnes ou mauvaises pensées qui surviennent, elles ont la nature de la sagesse. Vous devez vraiment avoir la certitude de cela. Elles sont également sagesse primordiale, inchangeante, non artificielle. Elles sont la nature de la connaissance, nue (c. à d. claire, non obstruée). Observez-les sans interférence, sans objet, sans saisie et elles deviennent claires, très claires. Quelles que soient les pensées qui surviennent, pensées mondaines ou supérieures (au sujet du nirvana, des Bouddhas), elles proviennent toutes de la base primordiale de l'esprit. Aussi n'espérez pas, ne doutez pas et vous verrez clairement votre propre esprit ou sagesse.

De manière générale, vous pouvez dire ou penser que quelle que soit la pensée qui survient, ce n'est qu'une manifestation de la nature de l'esprit. Vous devez réaliser cela.

Puis quelles que soient les pensées qui surviennent, vous les considérez comme naturellement claires. Vous faites cela sans vous arrêter, votre esprit devient alors de plus en plus stable et immuable. Où que vous soyez et quoi que vous fassiez, vous devez comprendre cela. Vous atteignez alors le dharmasamapta originel qui est au-delà des mots et de l'expression, l'état totalement éveillé. Puis sans plus méditer, spontanément, la compréhension du mahamudra, l'intention de Samantabhadra vous apparaîtra spontanément.

Puis ayant atteint ce résultat, le yogi est libéré du bardo et devient capable d'être source de bienfait pour tous les êtres sensibles.

C'est ainsi que vous devez pratiquer.


1S'ils étaient réels et si les noms que nous leur attribuons survenaient naturellement, toutes les personnes des différents pays désigneraient les choses du même nom.

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