mercredi 10 décembre 2014

La Vue mélodieuse du Trekchö



Il existe une foule de noms différents pour parler de l’essence fondamentale de l’esprit. Conscience, luminosité, nature de Bouddha, esprit primordial – il y a une quantité d’appellations de toutes sortes. Les gens ordinaires l’appellent l’esprit, ou le cerveau, ou ils le conceptualisent et l’appelent « je ». Les non bouddhistes peuvent l’appeler le soi, ou l’âme. Les Shravakas l’appellent le soi sans soi, ou l’absence de je. Les Cittamatrins l’appellent l’esprit. Les autres bouddhistes l’appellent prajnaparamita ou deshek nyingpo ; ou sugatagarbha, ou mahamudra, ou madhyamika, ou uma, ou « l’essence unique du thiglé », ou seulement « l’essence unique ». Certains bouddhistes l’appellent le dharmadhatu ou l’essence du dharmakaya ; d’autres disent que c’est kunzhi, ou alaya. D’autres encore le voient comme thamal gyi shepa ou tout simplement la « conscience ordinaire ».

Les pratiquants du bouddhadharma devraient savoir que même s’il existe une quantité de noms différents, tous désignent une seule signification essentielle. Tous ces noms - et les concepts et pratiques qui leur sont associés – devraient nous conduire vers le but ultime, l’éveil.

Couper à travers les divagations de l’esprit 

 Nos peurs, notre anxiété et les autres émotions sont inextricablement liées à la conscience de l’esprit – et nombreux sont les pratiquants qui ne réalisent pas que la lutte constante pour séparer ces tendances de la véritable essence est inutile.

La véritable nature de l’esprit peut complètement émerger lorsque la conscience de l’esprit n’est pas distraite de son essence fondamentale par les tendances habituelles qui ont été accumulées. Tout comme la nature du ciel n’est pas obscurcie ou détruite par les amas de nuages, la nature primordialement pure de l’esprit elle-même n’est pas obscurcie par les tendances temporaires de nos névroses.


L’essence primordialement pure de la véritable nature de l’esprit se trouve au sein de tous les êtres vivants, à tout moment, depuis des temps sans commencement. Mais parce qu’elle est temporairement voilée par les obscurcissements, cette essence n’est pas reconnue. C’est comme la célèbre métaphore, dans la Vue Mélodieuse de Trekchö, de la présence du beurre dans le lait. Le beurre se trouve intrinsèquement dans le lait : nous n’avons pas besoin d’ajouter quoi que ce soit au lait. Néanmoins, le lait a toujours besoin d’être baratté avant que le beurre puisse réellement se former. De la même façon, l’essence de sugatagarbha demeure en tous les êtres vivants. Mais jusqu’à ce que nous fassions la pratique qui tranche à travers toutes nos tendances de saisie, nous continuons à fixer – et tant que la fixation et la dualité perdurent, l’essence de sugatagarbha ne peut s’élever dans sa pure nature originelle.

Pour cette raison, utilisez les pratiques de Trekchö pour réellement couper à travers, de manière à ce que cesse la constante divagation de l’esprit vers les diverses tendances. Ce devrait être avec cette intention qu’un pratiquant aborde ces enseignements.


Nature non duelle et répulsion authentique


 La clé de la méditation ne réside pas dans le fait de faire quelque chose; mais dans celui de ne rien faire du tout, mis à part de permettre au flux naturel d’être complètement libre de l’interférence de notre réflexion. En tant que pratiquant dzogchen, vous devez constamment cultiver la pratique de trekchö dans votre vie, pas seulement quand vous êtes assis sur votre coussin en posture de méditation formelle. Si vous ne le faites pas, votre compréhension de la nature non duelle ne sera que temporaire et ne serait pas une séparation authentique d’avec le samsara. Et au lieu d’être un écoeurement authentique, votre répulsion sera mal orientée et sera dirigée vers l’environnement – les lieux et les personnes – plutôt que vers votre propre ignorance, ou ‘ma rig pa’, et vers les ruses et les tours d’attachement ou d’aversion extrême que vous joue votre propre esprit.

Car alors l’esprit se met à avoir de l’aversion pour les choses plutôt que pour l’esprit qui rend ces choses importantes ou insignifiantes. Au lieu d’une authentique répulsion pour l’ignorance, cette mauvaise direction vous inspire à vouloir vous éloigner du samsara parce que vous en avez assez des gens, des choses, des émotions, de l’environnement, de l’ « autre ». Mais quand vous êtes fatigué de l’autre, il y a un je qui est fatigué de l’autre – et alors, vous tentez de parvenir à une compréhension de la non-dualité en la rendant duelle.

La plupart des pratiquants ont peur d’abandonner le samsara, parce qu’ils appliquent par erreur trekchö aux choses au lieu de travailler avec eux-mêmes. En appliquant trekchö à la personne qui perçoit ces choses, vous commencez à découvrir le fin fond de l’affaire. Et en appliquant les enseignements à cette pratique, l’humour entre en jeu. Vous êtes capable de rire de la stupidité d’avoir rendu les choses si tristes, si tragiques, si gaies, ou quoi que ce soit qu’elles puissent sembler être dans l’instant.



Traduction de l’article “The Melodious View of Trekchö”, par Son Eminence Jetsunma Khandro Rinpoche. © 2008 by HE Jetsun Khandro Rinpoche. www.vkr.org. (traduction de l'anglais N.K.)


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