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jeudi 7 septembre 2023

the Master -- le Maître

 





My main teacher is the late Chimed Rigdzin Lama, also known as CR Lama. He was a married lama who lived with his family and, when I knew him well in India, he taught in a university. He was a great scholar, a very powerful person, and he was not at all holy.

He was very ordinary in his way of life. His qualities showed themselves without his making special claims about himself. In the lineages of Tibetan Buddhism there are many different styles of practice. Some lineages display themselves as being very pure and holy; that is to say, they set themselves in the domain of the sacred and create a mood which is separate from ordinary life. When you encounter that kind of setting you have the opportunity to experience something which is not like ordinary existence. Such settings tend to be ritualised and choreographed so that everyone knows their place and what they are and are not, allowed to do.
My teacher was, however, very much in ordinary life. He was very fond of university politics, supporting his friends and attacking his enemies. This is not holy activity. But oh, so very pleasurable! For many years I was his secretary, and I had to write, on the basis of his special English, very insulting letters. In order to enter his world I had to let go many of the assumptions I held about how to live in a proper way.
In the end, in order to practise, we each have to find a style which is in harmony with the energy of our potential as it responds to each unique setting in which we find ourselves. Being in the mandala, or environment, that Rinpoche created was very disturbing, and yet it was also liberating. It opened the space to see that our world is indeed a construct of our beliefs and assumptions.


Mon principal maître est le regretté Chimed Rigdzin Lama, aussi appelé CR Lama. C'était un lama marié qui vivait en Inde avec sa famille quand je l'ai bien connu. Il enseignait à l'université. C'était un grand érudit, une personne très puissante et il n'était pas du tout un saint. 
Il avait un mode de vie très ordinaire. Ses qualités apparaissaient d'elles-mêmes sans qu'il ne fasse la moindre déclaration à propos de lui-même. Dans les lignées du Bouddhisme tibétain, il y a de nombreux différents styles de pratiques. Certaines lignées se montrent sous un aspect très pur et saint; c'est à dire qu'il se placent eux-mêmes dans le domaine du sacré et qu'ils créent une atmosphère séparée de la vie ordinaire. Lorsque vous rencontrez ce type de cadre, vous avez l'opportunité de faire l'expérience de quelque chose se situant en dehors de l'existence ordinaire. De tels cadres tendent à être ritualisés et chorégraphiés de sorte que chacun sait où est sa place, qui il est et ce qu'il est autorisé à faire ou pas.
Toutefois, mon maître était très impliqué dans la vie ordinaire. Il adorait les luttes de pouvoir à l'université, soutenant ses amis et attaquant ses ennemis. Ce n'est pas une activité sainte, mais c'est tellement jouissif! Pendant de nombreuses années, je fus son secrétaire et j'eus à écrire, sur la base de son anglais assez particulier, des lettres très insultantes. Pour entrer dans son monde, je dus laisser tomber toutes les préconceptions que j'avais sur la manière de vivre d'une manière correcte.
En fin de compte, afin de pratiquer, chacun doit trouver le style en harmonie avec l'énergie de son potentiel, puisqu'il répond à chaque cadre unique dans lequel nous nous trouvons. Etre dans le mandala ou l'environnement que Rinpoche créait était très perturbant et cependant, c'était aussi libérateur. Cela ouvrait l'espace pour voir que notre monde est ô combien une construction de nos croyances et de nos suppositions. 

James Low

dimanche 13 juin 2010

La Sadhana du Gourou Vidyadhara (Grande Rigdzin)



Le titre complet de cette pratique est : La Pratique du Vidyadhara qui Englobe les Trois Racines (tirée de la Sphère Profonde du Trésor Secret des Dakinis). Partout où des groupes de pratique se développèrent autour de Tchimé Rigdzin Rinpotché, il transmit ce texte et encouragea grandement ses élèves à le pratiquer. J’ai eu la chance de pouvoir côtoyer ce grand maître durant de nombreuses années, le traduire, assister à de nombreux enseignements dans différents pays, et recevoir ses conseils personnels sur ce qu’il serait bon que je pratique, et toujours, je l’ai entendu insister sur la puissance spirituelle de ce texte. Aussi, il ne fait aucun doute pour moi que la Grande Rigdzin constitue le principal testament spirituel de Tchimé Rigdzin Rinpotché.

Origines du texte

Dans l’avant propos, Rinpotché explique que le cœur du texte est un terma de Nuden Dordjé, incarnation de Khyétchoung Lotsa, l’un des vingt-cinq principaux disciples de Padmasambhava. Il raconte comment Nuden Dordjé garda ce texte secret et le pratiqua seul, avant de le transmettre à sa disciple Tamdrin Wangmo, qui en fit autant, et le transmit à Gyalsé Pèma Donsal, qui fit de même puis le transmit à Sandzin Gonpo Wangyal, qui le transmit à Toulkou Tsourlo, qui enfin le transmit à Tchimé Rigdzin Rinpotché. Selon les prophéties de Padmasambhava, la pratique ne devait pas être dévoilée avant le cinquième détenteur, c'est-à-dire Tchimé Rigdzin lui-même. Cette préservation a ainsi permis de conserver intact jusqu’à nous, pratiquants de la fin du vingtième siècle et du début du vingt et unième, tout le pouvoir de bénédiction de cette pratique. C’est vraiment à nous, pratiquants des années 1980-2000, que Padmasambhava destinait ce texte.

C. R. Rinpotché explique plus loin comment il reçut aussi une lignée directe de Nuden Dordjé, Khyétchoung Lotsa et Padmasambhava, ce qui signifie que durant l’initiation, ces maîtres lui apparurent et lui conférèrent directement l’initiation, en même temps que son maître racine. Il ne peut donc pas y avoir de lignée plus courte et directe que celle qu’il nous légua.

Rinpotché nous raconta aussi comment il eut de nombreuses visions de Padmasambhava et Yéshé Tsogyel, lui enjoignant de diffuser ce texte largement, dans toutes les directions, car le temps était venu. A la fin de sa vie, il disait même en riant que lorsque ces grands êtres lui dirent qu’il devait transmettre la Grande Rigdzin du nord au sud et d’est en ouest, il pensait que cela concernait le Tibet, mais il se rendait compte finalement qu’il l’avait transmis en Europe, d’Islande à Espagne, aux Etats Unis, en Australie, en Chine, à Taiwan et bien sûr au Tibet, soit aux quatre coins du monde.

Composition du texte

Ce texte est en fait un collage des différents éléments, autour d’un élément central qui donne son nom à la pratique. Tchimé Rigdzin Rinpotché a composé le texte tel que nous en disposons aujourd’hui à la fin des années quatre-vingt, et je me souviens comment alors,  il prenait ici et là des strophes, des prières, et les rajoutait jusqu’à la version définitive.

Après deux prières introductives, hommages au maître et rappel qu’il n’est pratique plus profonde que la dévotion au gourou, le premier ‘chapitre’ est un bref texte de préliminaires qu’on dit « ordinaires » , composé par Padmasambhava.  Viennent ensuite les prières à la lignée, qui furent écrites en grande partie par Tchimé Rigdzin Rinpotché. Ensuite commence la pratique du Vidyadhara proprement dite.

Les pratiques préparatoires sont similaires à celles de la plupart des sadhanas tantriques élaborées : prise de refuge, développement de l’esprit d’éveil, prière en sept branches pour l’accumulation des mérites, sacralisation de l’espace/temps et érection d’un cercle protecteur. Alors, après une purification, la déité est invoquée et priée de venir au pratiquant afin de lui accorder les bénédictions. Le pratiquant fait des offrandes à la déité et à sa suite, ce qui conclut la pratique préparatoire.

La pratique principale de la sadhana est la méditation sur la déité, ici Padmasambhava et ses huit principales formes (Gourou Tsengyé). Ici, Padmasambhava est vu comme englobant tous les vidyadharas, les grands pratiquants réalisés du dzogchen (Vidyadhara signifie détenteur du rigpa). On visualise d’abord le mandala, puis le trône du maître et la syllabe germe, qui donne naissance à Padmasambhava, entouré de Yéshé Tsogyel et Mandarava, ses deux parèdres, et de ses huit manifestations (Tsokyé Dordjé, Padmasambhava,  Loden Tchoksé, Pèma Gyalpo, Nyima Euzer, Shakya Sengué, Sengué Dradog et Dordjé Droleu). Plus loin en périphérie sont héros, dakinis, servants et protecteurs. Cette visualisation est suivie d’une invitation et de prières pour unir samayasattva et jnanasattva. Puis a lieu la récitation du mantra. Cette pratique est suivie par l’offrande puis la louange qui conclut la pratique principale de la sadhana.

Les pages suivantes  sont certainement les plus profondes du texte. Elles ne sont pas issues de la Sadhana du Gourou Vidyadhara mais permettent d’utiliser les bénédictions apportées par la visualisation et la récitation du mantra pour s’établir dans la vue dzogchen et s’y maintenir. Elles participent à faire de cette pratique une pratique dzogchen, en montrant précisément comment l’on peut (et l’on doit) combiner mahayoga et atiyoga. C’est Tchimé Rigdzin Rinpotché qui a inclus ces strophes.

Tout d’abord viennent une série de prières qui renforcent la confiance foi dans le gourou. On implore le Gourou, vu comme englobant les trois joyaux, puis les trois racines, puis les trois kayas.  On peut ajouter à ces prières le nom de son propre lama racine. Rinpotché insistait sur l’importance de développer confiance et foi en abordant ces prières.

La dévotion est également cultivée par les cinq strophes tirées des Trésors du Nord qui viennent ensuite. Rinpotché nous racontait que c’est la transcription d’un dialogue entre Guélong Namkhai Nyingpo et Padmasambhava qui se déroulait dans la grotte de Samyé Tchimpou, au Tibet. Namkhai Nyingpo, l’un des cinq principaux disciples de Gourou Rinpotché, implore le maître en reconnaissant sa propre méprise, sa tendance à considérer comme tangibles les choses intangibles, ses obstacles liés à ses tendances karmiques et aux circonstances qui en découlent, et il demande à Padmasambhava de le « libérer des chaînes de la croyance dans la dualité. »  Lors d’un enseignement dans le Jura en 1990, Rinpotché nous donna des détails inouïs sur ce dialogue. Incarnation de Khyétchoung Lotsa, il était présent à ce moment dans la grotte, et se souvenait parfaitement de la scène. Il nous expliqua comme Yéshé Tsogyel avait préparé les offrandes du tsog, de manière miraculeuse, en un claquement de doigt. Il nous décrivit Guélong Namkhai Nyingpo, de petite taille, le visage bourru, et la manière dont il s’adressa au maître. Et il nous dit : « la majeure partie de la cinquième strophe est l’introduction à la nature de l’esprit que fit Gourou Rinpotché. En entendant cela, nous les vingt-cinq, nous eûmes instantanément la réalisation de ce qui était dit. »

On poursuit par une prière découverte par Tchimé Rigdzin Rinpotché lui-même, et que l’on peut lire dans le post précédent (Zilnon Lingpa). Vient ensuite une courte pratique de phowa, qui n’est pas spécialement destinée au moment de la mort, mais est une autre manière de se relier au Gourou avec foi et confiance. Il n’est pas question ici de canal central ou de transfert du principe conscient, mais d’une simple marche, sur une voie de lumière, jusqu’à Zangdopalri, la terre pure de Padmasambhava, une approche qui se termine par la fusion avec Gourou Rinpotché, au centre de son palais/mandala. Ce phowa est un texte du Tchangter (Trésors du Nord) arrangé par le grand  Pèma Thrinlé. Toutes ces prières d’approche du Gourou effectuées, le pratiquant peut conclure le gourou yoga en prenant les quatre initiations grâce aux syllabes et aux lumières habituelles, puis pratiquer l’unification avec le maître.

Il peut alors demeurer dans le simplicité naturelle de l’esprit telle qu’exposée dans Kadag Tektcheu, et se maintenir dans cet état, « sans rien faire du tout, restant calme et détendu. » Les strophes suivantes expliquent comment intégrer à cette vue sans effort tout ce qui est vu, entendu, et pensé. C’est un exposé/instruction sur l’auto-libération tiré de la prière en Sept Chapitres du Tchangter, et plus précisément la fin de la prière requise par Namkhai Nyingpo.

Ensuite viennent les pratiques de conclusion , qui débutent par une courte prière aux protecteurs qui fut composée par Nuden Dordjé. Après avoir conféré l’initiation des protecteurs issue de son propre terma, T R. Rinpotché ajouta à la fin trois strophes afin qu’en les lisant, nous puissions préserver le samaya de cette pratique. C’est la dernière retouche qu’il fit à la Grande Rigdzin de son vivant. (Après son départ, Toulkou Thondup nous donna une strophe que Rinpotché avait préparée, pour compléter la prière à la lignée. ) Enfin, la sadhana se termine avec l’offrande ganachakra (Tsog), la prise finale des bénédictions, les prières d’excuse pour tout ce qui aurait pu être mal pratiqué, les dédicaces et les prières auspicieuses.

Un condensé des pratiques Nyingma

Ainsi, ce texte de sadhana condense l’essentiel des pratiques Nyingma, des préliminaires à la pratique de Tektcheu du dzogchen. Il se suffit à lui-même et peut constituer le programme d’une retraite de trois ans ou même la pratique d’une vie entière. De par sa très courte lignée, la puissance et la saveur particulière des bénédictions de Gourou Rinpotché sont omniprésentes pour celui qui le pratique, accompagnées de l’énergie si particulière de notre maître racine Tchimé Rigdzin Rinpotché. En 2008, ce texte a été publié avec un commentaire fort édifiant de James Low, l’un des plus anciens élèves de T. R. Rinpotché. Il est disponible aux Editions Khordong (cf. la bibliographie ci-dessous) sous le titre « Dans le Mandala de Padmasambhava. ».

Sarva mangalam !


Références bibliographiques :

Dans le Mandala de Padmasambhava, Editions Khordong France, 500 rue G. de varey, 69380 Belmont d’Azergues.  Ou  khordong.france@orange.fr
La Prière en Sept Chapitres de Padmasambhava, Editions Khordong France.



dimanche 11 avril 2010

BIOGRAPHIE DE TCHIME RIGDZIN RINPOTCHE (2)



Après avoir passé de nombreuses années en retraite dans différents lieux saints de l’Himalaya, et fait un retraite de trois ans à Tso Pèma, Tchimé Rigdzin Rinpotché enseigna à l’université Visvabharati de Shantiniketan, au Bengale Occidental, où il prit la direction de la chaire de tibétologie jusqu’en 1987. Durant cette période, Rinpotché participa activement à l’accueil des premiers tibétains en exil. Il rencontra à de nombreuses reprises Nehru, le principal dirigeant du pays à cette époque, et S.S. le Dalaï Lama, et il fut d’une aide précieuse pour la sauvegarde des traditions tibétaines. Il fut aussi parmi les premiers lamas à recevoir en Inde les occidentaux attirés par la spiritualité du pays des neiges, et il enseigna les bases de sa langue à ces pionniers dont beaucoup sont aujourd’hui des enseignants ou des pratiquants reconnus. 


Tchimé Rigdzin Rinpoché rencontrant le dalaï lama

Comme cela a été mentionné plus haut, Rinpotché se rendit en Europe pour la première fois à la fin des années cinquante, invité par le grand tibétologue italien Giuseppe Tucci. Il profita de ce séjour à Rome pour rencontrer le pape Paul VI.  Il se rendit également à Munich à l’invitation d’un autre tibétologue de renom, Herbert Guenther. Mais c’est à la fin des années quatre-vingt, après avoir pris sa retraite de l’université, que Tchimé Rigdzin Rinpotché commença à parcourir l’Europe et à transmettre les enseignements de sa lignée. De 1988 à 2001, il passa une grande partie de son temps à sillonner l’Europe, du nord au sud et d’est en ouest, de l’Espagne à l’Islande, de la France à la Pologne, et des centaines de disciples se rassemblèrent autour de lui. Il enseigna également aux Etats Unis, en Australie, à Taiwan, bref, aux quatre coins du monde. A ce sujet, il racontait volontiers la vision qu'il eut jeune, dans son monastère du Kham, de Padmasambhava et de Yeshe Tsogyel, qui lui donnèrent la mission de transmettre ses termas, et en particulier la "Grande Rigdzin", du nord au sud et d'est en ouest. Il nous disait en riant:  "A cette époque, je pensais que cela signifiait au nord et au sud du Tibet, à l'est et à l'ouest du Tibet. Je ne pouvais imaginer que ce fût aux quatre coins du monde!"

Comme beaucoup de maîtres Nyingma, il ne créa pas de grands centres du Dharma mais offrit le cœur des enseignements de Gourou Padmasambhava à ceux qui eurent la chance et la connexion de le rencontrer et de s’y intéresser. Il suivit en cela la tradition des yogis, sans domicile fixe, voyageant léger, au gré des rencontres et des invitations. Ayant reçu un terrain dans l’ouest de la Pologne, il proposa aux élèves de cette contrée de construire un monastère, et c’est ainsi que vit le jour le monastère de Darnkow, lieu de pratique béni situé dans une région sauvage  au milieu d’une nature sauvegardée.

L’enseignement de Tchimé Rigdzin Rinpotché était direct, parfois peu conventionnel, mais touchait toujours le cœur du disciple et son pouvoir de bénédiction était tel que pour celui qui s’y ouvrait, les obstacles étaient rapidement pacifiés et les progrès ne manquaient pas de se produire.

Troisième Khordong Terchen (Grand découvreur de trésors de Khordong), Tchimé Rigdzin Rinpotché exhuma plusieurs volumes de ces trésors cachés par Gourou Padmasambhava. Il nous en transmit plusieurs, dont la célèbre Prière d’Aspiration des Lampes (Marmé Monlam), ou encore une grande pratique des protecteurs du Dharma, mais avec modestie, il mit toujours en avant les trésors de ses prédécesseurs, en particulier ceux du grand Khordong Nuden Dordjé, de Sangdzin Gonpo Wangyal, et bien sûr les trésors du nord de Rigdzin Goddem et Zangpo Drakpa.

Au mois de juin 2002, à l’âge de quatre-vingts ans, Rinpotché partit pour les terres pures. Lors de la crémation de son corps qui eut lieu quelques jours plus tard, de nombreux signes (arcs-en-ciel, coups de tonnerre, tremblement de terre anodin...) montrèrent à ceux qui en doutaient encore quel être éveillé il était. Avant de partir, il a donné les instructions pour retrouver son incarnation suivante à son fils et principal régent  Tulku Ugyen Tchemchog, qui dirige actuellement le monastère indien de Khordong construit à proximité de Siliguri, au Bengale Occidental, pour préserver cette tradition.

lundi 15 mars 2010

BIOGRAPHIE DE TCHIME RIGDZIN RINPOCHE (1ère partie)



Jeunesse
Khordong Terchen Tulkou Tchimé Rigdzin Rinpotché naquit le jour de la pleine lune du cinquième mois de l'année du chien d'eau (1922). A l'âge de quatre ans, il fut reconnu par le maître réalisé Toulkou Tsurlo comme la quatrième incarnation de Nuden Dordjé Drophan Lingpa. Cela fut ensuite confirmé par neuf grands lamas: Zhichen Ogyen Chemchog, Terteun Sogyal, Avam Terteun, Do Khyentse, Sakya trichen, Dzogchen Pèma Rigdzin, Minling Trichen, Panchen Ertini et le Treizième Dalai Lama. Trois Tang-rils spéciaux (divinations) furent accomplis: on mettait différents noms écrits sur du papier dans des boules de pâte. A chacun de ces Tang-rils, seul  le nom de Tchimé Rigdzin restait à la surface du bol d'eau dans lequel les boules étaient placées. En riant, Rinpotché nous racontait à ce propos que les familles riches et puissantes de la région tentaient de favoriser la nomination d'un de leurs enfants (lui était fils d'une pauvre femme, abandonnée par son mari sans aucune possession). Elles avaient pu faire en sorte que lors d'une des divinations préliminaires, le nom de Tchimé Rigdzin ne soit placé dans aucune des boules. Pourtant, lorsqu'on ouvrit la boule surnageante, c'était son nom qui était écrit.

Après tous les rites et divinations, il ne fit donc aucun doute pour personne que c'était bien la vraie incarnation du grand Nuden Dordjé Drophan Lingpa. Les Tang-rils eurent lieu dans trois lieux auspicieux afin de garantir leur efficacité: en face de la statue de Jowo, dans le Jokhang de Lhassa et devant l'assemblée de lamas du monastère de Khordong, engagés dans le puissant rituel des protecteurs.

Tchimé Rigdzin Rinpoché fut donc intrônisé à quatre ans comme détenteur de la lignée de Nuden Dordjé Drophan Lingpa. Sa sainteté Dudjom Rinpotché, qui quitta son corps en janvier 1987, était le détenteur de l'autre lignée d'incarnations venant de Nuden Dordjé, prenant sa source en Dudjom Lingpa de Chakyong. Tchimé Rigdzin Rinpoché fut également reconnu comme l'incarnation du corps de Khyétchoung Lotsa, de la parole de Nanam Dordjé Dudjom et de l'esprit de Padmasambhava.

Nuden Dordjé Drophan Lingpa avait construit de nombreuses gompas selon les instructions de Gourou Padmasambhava et selon les prédictions du Grand Cinquième Dalai Lama et de Rigdzin Pèma Thrinlè. Ses disciples avaient bâti douze autres gompas dans le Tibet oriental et tout cela fut donné à la charge de ce Tchimé Rigdzin Rinpoché de quatre ans lors de son intrônisation.

A l'âge de six ans, alors que son oncle refusait qu'il traverse une rivière en crue pour aller manger des fruits de l'autre côté, de dépit, il frappa du pied sur un rocher et y laissa son empreinte. A l'âge de neuf ans, il prit une pierre dans ses mains et la malaxa comme de la pâte. Il dit de lui-même à cette époque: "J'était dur et polisson, et à cette époque, mon professeur m'enfermait souvent dans ma chambre." Mais du fait de ses pouvoirs magiques, il pouvait s'enfuir sans briser la serrure ou la porte.

A l'âge de dix ans, il découvrit un important volume de terma et une boite terma. Puis il se rendit pour la première fois en pélerinage à Lhassa où il reçut de nombreuses initiations importantes de Rigdzin Tchenpo Nyamny Dordjé (détenteur du Tchangter, incarnation de Rigdzin Goddem) et de nombreux autres grand Lamas. Après deux ans où il reçut des initiations et instructions qu'il mit en pratique, il s'en retourna à son monastère de Khordong pour parfaire sa formation avec Toulkou Tsurlo. Il pratiqua aussi sous la direction de Bané Toulkou Ourgyen Tendzin, Khenpo Sangthar, Khenpo Lodreu, Toulkou Tcheukyi Gyaltsen, Khordong Khenpo Loteu Djigmé et d'autres grands maîtres de cette époque. Il étudia la philosophie, la logique, la grammaire, le mandala, l'astrologie et particulièrement les tantras sous la direction de Toulkou Tsurlo.

Les prédictions de son maître

A la fin de ses études, Toulkou Tsurlo lui donna sept prédictions et instructions importantes qui devaient le guider dans sa vie. Voici les mots tels qu'il les reçut: "Tu devras quitter Khordong Gompa à l'âge de dix-huit ans et devenir un pratiquant errant dans les terres montagneuses du Bhoutan, du Sikkim et du Népal, puis tu devras faire un retraite solitaire de trois ans et six mois à Tso Pèma (Rewalsar, dans l'Himachal Pradesh, en Inde). Tu ne devras pas te défendre lorsqu'à vingt-huit ans, tu seras attaqué par un voleur. Tu voleras dans le ciel à l'âge de trente sept ans. Avant l'âge de soixante ans, tu devras faire des démarches pour sauver l'un de tes yeux. Tu devras retourner à Khordong pour redonner toutes les initiations que tu as reçues, à une époque où l'on aura besoin de ta connaissance et de ta sagesse. Tu vivras jusqu'à quatre-vingt quatre ans, et il est même possible que tu vives jusqu'à cent-vingt cinq ans  mais ça n'est pas certain. C'est lié à de nombreux autres facteurs. (A ce propos, Tchimé Rigdzin Rinpotché nous expliquait qu'il lui serait difficile de vivre jusqu'à 125 ans, n'ayant pu garder avec lui une dakini prédestinée, et que même 84 ans serait peu probable, du fait de différents problèmes liés aux samayas.)



Dans les années quatre-vingt dix, T. R. Rinpotché commentait ces prédictions en ces termes:
"Jusqu'à maintenant, les cinq premières instructions se sont révélées exactes. La troisième s'est réalisée lorsque j'ai pris l'avion pour l'Italie, à l'invitation du tibétologue Giuseppe Tucci.
J'ai observé toutes ces instructions comme on me l'a demandé et maintenant, à l'âge de soixante-cinq ans, j'attends de vérifier les deux dernières. Afin d'obéir aux instructions de mon très vénéré maître Toulkou Tsurlo, j'ai quitté ma gompa à l'âge de dix-huit ans. Il était vingt-trois heures, la nuit de la pleine lune du premier mois de l'année du lapin de terre (1939). Après avoir traversé la rivière Nyitchou, je me suis retourné une dernière fois sur ma gompa. C'était très coloré. J'étais triste car alors que je regardais, tous les bons souvenirs affluèrent en moi: les amis pratiquants, les professeurs, mon enfance, mes disciples et toutes ces années passées à étudier et pratiquer spirituellement. C'était l'instruction de mon Lama que je parte, aussi je partais, mais ce n'était pas un départ le coeur joyeux. Mon coeur était très lourd et déterminé à suivre les instructions de mon Lama. Depuis, j'ai suivi ses instructions le plus sincèrement possible et avec grande attention jusqu'à aujourd'hui." Rinpoché nous raconta un jour que durant tout son voyage du Tibet en Inde, il fut accompagné par un gros corbeau noir: "C'était une émanation de Mahakala. Il m'escorta jusqu'à ce que j'atteigne l'Inde sain et sauf. Où que j'aille, Mahakala est toujours avec moi."

Retour au Tibet

"Au cours de l'année 1984, alors que j'avais soixante-deux ans, je reçus une lettre importante. Elle était écrite par Rayab Bontrul Rigdzin Paljor, qui était en charge de Shukchung, l'une de mes gompas. Cette lettre me parvint par Toulkou Thondup, qui était allé au Tibet visiter sa gompa de Dodrupchen. Plusieurs autres lettres parvinrent à moi, et leur message était toujours similaire. Elles me demandaient de revenir au Tibet afin de guider spirituellement les pratiquants qui étaient restés si longtemps sans direction. Ces lettres venaient de : Khenpo Thubten Lodreu, mon principal disciple à Shukchung Gompa; Wonpo Seunam Eusel qui était resté en charge de Khordong Gompa; Yidrang Gekou, maître de discipline de Khordong Gompa et Sherab Dordjé mon frère. Je reçus ces dernières missives par l'intermédiaire du Vénérable Dodrupchen Rinpoché, de Tcheuten Gompa au Sikkim. Ces requêtes ferventes me remirent en mémoire la cinquième instruction de mon Lama que j'avais promis d'exaucer.
Après méditation, je décidai de revenir sur ma terre natale et à ma Gompa, car dans la lignée d'enseignements pratiquée dans mes monastères, je suis le seul détenteur de lignée encore vivant sur cette terre. Les visas chinois nous furents accordés très facilement, à mon fils Ogyen Tchemchog Lama et à moi-même et nous prîmes l'avion de Calcutta à Pékin, puis de Pékin à Tchengdou. Ensuite, nous voyageâmes en voiture à Khar-nya Tchou en passant par Tarchinlo, Tango et Kanzé. Partout où nous passâmes, les officiels Tungko (chinois) nous firent un chaleureux accueil. Nous fûmes reçus à dîner et pûmes visiter les temples bouddhistes de Pékin et Tchengdu, et nous nous réjouîmes de les voir en bon état, n'ayant pas été détruits du  tout. Durant notre séjour à Pékin, je rencontrai pendant deux heures sa Sainteté le Panchen Lama et nous discutâmes de la situation du bouddhisme au Tibet. Je fus satisfait d'apprendre que les choses avaient changé. Je lui parlai de ma gompa et de sa restauration et il m'assura de toute l'aide possible de la part du gouvernement chinois de par son poste de Futushi (membre du parlement pour les bouddhistes).
De KharnyaChu, nous voyageâmes aussi loin que possible en Jeep mais parvenus à un fragile pont en bois, nous dûmes abandonner la jeep à cet endroit. A ce pont en bois, une grande foule de mes gens de Khordong s'était assemblée pour m'accueillir et ils nous firent continuer à cheval. Le voyage dura six heures, et fut difficile, car après toutes ces années, je n'étais plus habitué à monter à cheval. Nous rencontrâmes de nombreuses personnes qui s'étaient rassemblées sur la route et nous offraient thé et nourriture. Nous nous arrêtâmes à Dewanang, un lieu où Nuden Dordjé s'était réincarné, et de là, je pus revoir ma gompa à nouveau, pour la première fois depuis cette nuit de pleine lune de mes dix-huit ans. Je ne pus retenir mes larmes et fus incapable de dire un mot. Tous les souvenirs revinrent à ce moment, et je réalisai que je ne pourrais plus revoir l'autel qui s'y tenait autrefois. Ce que je vis de ma gompa était juste un champ de ruines. D'une splendide gompa ne restaient debout que les piliers porteurs. C'est alors que je réalisai la valeur des instructions de mon Lama. Il avait prévu la fin du bouddhisme au Tibet tel qu'il était alors, et il voulait sauver la transmission essentielle qui ne devait pas être perdue. La destruction d'un bâtiment n'est pas la destruction d'une lignée de transmission. J'avais quitté le Tibet à l'âge de dix-huit ans avec les termas de ma lignée, et maintenant, je les ramenais pour qu'ils puissent être pratiqués à nouveau.

Dès que je parvins à la gompa, durant dix jours, nous pratiquâmes les rites adéquats puis durant les vingt-ceux jours suivants, je conférai les initiations. Je me rendis ensuite dans le district de Serta et donnai des initiations à nouveau durant vingt-deux jours. Au cours de ce voyage, je visitai aussi les monastères de Shukchung et de Bané, et vis qu'ils avaient également été salement endommagés.
Je repartis en Inde le cinq décembre le coeur lourd, mais avec une nouvelle détermination de revenir pour aider mon peuple selon les instructions de mon Lama. Aussi aujourd'hui, mon travail prioritaire est de préparer mon retour au Tibet, afin d'enseigner aux gens de mon pays afin que les enseignements ne soient pas perdus. C'est l'activité la plus riche de sens que je puisse entreprendre."

De nombreux récits remarquables et inspirants nous sont parvenus de la visite de Tchimé Rigdzin Rinpoché au Tibet. Ces miracles ne furent pas seulement attestés par un millier de tibétains mais aussi par les officiels chinois qui furent tellement décontenancés qu'un net changement d'attitude suivit son séjour. Avant cette visite, le gouvernement chinois ne permettait pas la reconnaissance d'incarnations  ou l'ordination de jeunes gens de moins de dix-huit ans. Toutefois, au cours de sa visite, Tchimé Rigdzin Rinpoché reconnut et déclara soixante-neuf incarnations et en intrônisat douze avec l'approbation et la reconnaissance des autorités chinoises. La limite de dix-huit ans a été supprimée et des jeunes sous cet âge peuvent être ordonnés.
Le dix-neuvième jour de septième mois de l'année du boeuf de bois (6 juillet 1985), Tchimé Rigdzin Rinpoché consacra un grand stoupa à Serta, ce qui réunit vingt mille moines et ngagpas, plus d'une centaine d'incarnations et de khenpos, et quinze mille laïcs dans la plus grande vallée de Kham Serta Gorgon Thang. Le rituel commença à dix heures et demie du matin, et Tchimé Rigdzin Rinpoché invoqua le pouvoir de la lignée de Gourou Padmasambhava, Yéshé Tsogyel, Khyétchoung Lotsa, Nuden Dordjé, Toulkou Tsurlo, Apang Terteun et S. S. Dudjom Rinpotché (chef suprême de l'école Nyingma et l'un des Lamas racine de Tchimé Rigdzin Rinpoché). Après cette invocation, un énorme arc-en-ciel apparut dans le ciel, enjambant la vallée de Serta et toute la vallée de Gorgon Thang, et il resta à briller dans le ciel jusqu'à seize heures trente. Lorsqu'il effectua la consécration du Stoupa, un anneau de lumière blanche les encercla, lui et le Stoupa. Dans cet anneau de lumière, trois tiglés (sphères de lumière couleur arc-en-ciel) apparurent, et les gens virent de nombreuses choses différentes dans ces tiglés. La plupart disent qu'ils virent aussi cinq vautours blancs (forme des cinq Soeurs de Sagesse, les Yéshé Khandros) voler autour du Tcheuten comme si elles dansaient dans le ciel. Au moment où les cinq vautours apparurent, Tchimé Rigdzin Rinpoché envoya en l'air une kata (écharpe de soie blanche) qui resta en suspension au dessus du stoupa pendant vingt-quatre heures.

Des pouvoirs extraordinaires

Toute sa vie durant, Rinpoché fut réputé pour ses pouvoirs magiques et sa maîtrise des phénomènes météorologiques. Au Tibet, il empêcha de nombreuses tempêtes de grêle qui auraient détruit les récoltes, et il fit également de telles interventions en Inde et en Europe. Ces interventions avaient toujours pour but la protection du Dharma et le bien être et le bonheur des autres. Son fils aîné racontait ainsi qu'un jour que toute la famille, en pélerinage au Bouthan, faisait l'ascension de Paro Taksang, lieu sacré de Gourou Padmasambhava, la pluie commença à tomber avec force, et son épouse lui demanda de faire cesser cela, mais il refusa, disant qu'il ne pouvait le faire simplement pour éviter à sa famille d'être mouillée. Un peu plus tard pourtant, lorsqu'il vit que les textes sacrés transportés sur le dos d'un âne commençaient à prendre l'eau et risquaient d'être endommagés, il mit un terme à l'orage d'un geste de la main. Rinpotché réfutait sa propre capacité, disant que ces choses ne sont possibles que par le pouvoir de la lignée de réalisation de Gourou Padmasambhava et par la grande foi des gens qui sont témoins de cela.

vendredi 5 mars 2010

LES ORIGINES DE KHORDONG (3)

Le dixième gourou fut le grand découvreur de trésors, Pèma Nuden Dordjé Dropan Lingpa. Il découvrit de nombreux trésors cachés et pratiqua le Tchangter. Par sa très grande compassion et le pouvoir de ses bénédictions, les gens de différents villages mais aussi le animaux et même les insectes obtinrent l'illumination juste par le fait de le voir. Il mourut à soixante-treize ans.

Le onzième Lama fut le grand sage Sangdzin Gonpo Wangyal (Sangdzin signifie 'grand sage.') Pour tout un chacun, son père était Abo Dorten. Mais en fait son père est mahakala. Gonpo Dong Ri est une montagne de Mahakala – il était un bébé de mahakala.
De nombreux Lamas dirent qu'il était éminent, qu'il écrivit beaucoup de choses, mais en fait, il n'écrivit pas. Parmi ses gourous sont Nuden Dordjé, Urgyen Puntsog de Bani et Kunzang Nyendrag (incarnation de Shérab Mébar, du monastère de Shukchung). Gonpo Wangyal fut un très grand maître. Il donna de nombreuses initiations et mourut à l'âge de soixante-treize ans.

Le douzième gourou fut le fils de Nuden Dordjé, Pèma Donsal. Il était l'incarnation de Chusang Namkha Yonggya, un lama du monastère de Dordjé Drag. C'était un très grand moine. Il mourut à l'âge de quatre-vingt treize ans.

Le treizième Lama fut l'incarnation de Nuden Dordjé, Dordjé Gyaltsen, encore nommé Kalden Lingpa. Seul, il étudia, pratiqua et donna des enseignements. Il mourut à l'âge de trente sept ans. De nombreux lamas disent qu'il était un grand terton. Mais en fait, il ne sortit pas beaucoup de choses: seulement un texte de Sengdongma et deux autres volumes.

Le quatorzième gourou fut Tulku Tsurlo (l'incarnation de Vasubandu, l'un des disciples du Bouddha). Il avait la charge du monastère de Shukchung. Son jeune frère Gyurmé Dordjé avait la charge du monastère de Khordong. Leur père était Gonpo Wangyal et leur mère était la fille de Nuden Dordjé, Zhiwa Tso. Tulku Tsurlo était un grand érudit et un grand sage. Il avait l'habitude de demeurer au monastère de Khordong, où il faisait la pratique de Yamantaka. Il reconnut l'incarnation de Nuden Dordjé, Tchimé Rigdzin, qui demeura au monastère de Khordong jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Tulku Tsurlo mourut à soixante-treize ans.

Le quinzième Lama fut le jeune frère de Tulku Tsurlo, Gyurmé Dordjé. Un jour, il reçut un coup d'un grand sage nommé Vajradhara Gyadjé Tubthub, et il comprit alors tout le dharmadhatu et la condition naturelle. Il alla du Tibet oriental au centre du Tibet, puis à Tashiding au Sikkim. Il revint au Tibet et mourut après avoir achevé toutes les activités nécessaires, à l'âge de soixante-dix huit ans.

Puis à cause de son karma et d'autres raisons, Tchimé Rigdzin se rendit au Népal et en Inde, suivant en cela les conseils de son gourou Tulku Tsurlo. Il voyagea aussi au Ladhak, au Bouthan, au Sikkim, Japon, Corée, Chine, Angleterre, France, Suisse, Allemagne, Hollande, Pologne, Autriche, Australie, Etats-Unis, Islande, Suède, Danemark, Ecosse, Estonie etc.

Au Tibet, il visita les différents lieux de Tsang, Wu, Dergye, Dza Ko, Nyi Ko, Serta, Do Kog, Amdo, Dzeka, Gyarong, Trango, Lyiko, Namchan, Sokpo Kompo Pema Ko, Yarlong Sertö, Serma, Nemzog, Gorcheng, Jagtal, Guenta, Tseurma, Chechen, Raktom, rNyi Zog, rMewa, etc Il visita les très saints lieux de Zang Zang Lharta, Samyé, Samyé Tchimpu, Tak Yerwa, Tashiding au Sikkim, Gyechen, Manka Sengye Yarzo, Sergyé Gonpo Yoreu, Thorchang Tugch Tsempo, Tseuné, Dongsag, Pogeuj, Pani, Palhar Gang, Gyengang, Zahor Puni, Tsari, Khani (Kailash), Tso Pèma, Sarnath, et au Népal Swayambhu, Namo Buddha, la grotte d'Asura, parping, Mara Zhikra etc.

Depuis l'origine de ce monastère, cinq-cents ans ont passé. Et durant tout ce temps, de très nombreux sages s'y sont trouvés, dont les noms et les vies n'ont pas été mentionnés dans les quelques lignes ci-avant, comme par exemple Tendzin Dordjé, dont le pouce gauche était à moitié usé à force de faire passer les boules de son mala au cours de sa récitation de mantras. Il avait le pouvoir de guérir les fous simplement en les regardant.

lundi 1 mars 2010

LES ORIGINES DE KHORDONG (2)

Le deuxième Lama était une femme nommée Rinchen Tsuldror, qui fit les pratiques de dakini jusqu'à l'âge de 39 ans. Puis elle mourut et son corps fut incinéré. A ce moment, son crâne apparut, marqué des syllabes BAM HA RI NI SA. C'était le signe qu'une dakini de sagesse s'était manifestée dans un corps humain.

Ensuite vinrent de nombreux lamas, qui pratiquèrent là et donnèrent de nombreux enseignements différents. Ils construisirent aussi sept maisons d'environ 16m2. On pouvait ainsi pratiquer, cuisininer et dormir à cet endroit.

Le troisième Lama à résider là fut Sangyé Dordjé. Il avait séjourné au monastère de Bani, où le grand Lama Shakya Gyaltsen fut son maître racine. Il devint un bon érudit et un sage. Il devint capable de traverser directement les montagnes et les rochers (sans avoir besoin de marcher). Il construisit un grand temple à cet endroit, qui fut ensuite nommé "De Chen Sang Ga Khorlo Dong." Sangyé Dordjé vécut cent-sept ans. Avec lui, de nombreuses personnes vinrent en ce lieu: des dakas masculins, des dakinis féminines, tous des sages.

Le quatrième Lama à s'établir là fut Djé Wang Rinchen Puntsog. Il pratiqua toute sa vie et lorsque des tempêtes de grêle apparaissaient, il n'avait qu'à tendre l'index pour que la grêle tombe sur les montagnes rocheuses plutôt que sur les champs. Il mourut à l'âge de soixante treize ans.

Le cinquième Lama s'appelait Lha Wang. Il montra un jour sa capacité à malaxer le fer en tordant un fer à cheval. Il mourut à l'âge de soixante-douze ans.

Le sixième Lama fut Sangyé Tendzin. Lors d'un rituel du feu pour un défunt, on doit brûler l'effigie de cette personne. Au cours de l'une de ces poujas, Sangyé Tendzin la brûla grâce à son feu de sagesse (il n'eut pas besoin d'un instrument extérieur pour allumer le feu). Il mourut à l'âge de soixante-sept ans.

Le septième Lama, Lama Karma Lhawang, montra une intelligence brillante dès son plus jeune âge. Lors d'une cérémonie de longue vie pour Uchenora, le chef du village, et sa famille, Lama Karma Lhawang étira miraculeusement la bannière de longue vie. Il fit un Kriya Tantra (3 statues de longue vie): Amitayus (Tsépagmé), Tara Blanche et Vijaya Dévi. Il développa le monastère puis mourut à l'âge de quatre-vingt quatre ans. Tchimé Rigdzin lui-même vit ces statues, malheureusement brisées à cette époque.

Le huitième Lama fut Sonam Shérab. Au moment de sa naissance, on vit de la lumière et son corps était couvert de duvet, comme un oiseau. Ce fut un grand sage du mahayana. Il mourut à l'âge de soixante-dix ans.

Le neuvième Lama fut la réincarnation du grand sage Sangyé Dordjé, Pèma Kunzang Yéshé, qui reçut le nom de Shérab Mébar au monastère de Dordjé Drag, car il était capable de mémoriser un gros livre en une seule lecture. Shérab Mébar ne pratiqua que le Terma de Rigdzin Goddem (le Tchangter). Il reçut les voeux de moines du septième Dalaï Lama. Il se rendit à Tsang (un monastère secondaire du Tchangter) où il reçut toute la transmission de la lignée du Tchangter du Lama Principal, Pèma Shenyen, un très grand maître. Puis il s'établit et pratiqua dans la région de Dergyé Dzogchen. A cause d'obstacles, il y eut un orage qu'il captura et plaça dans un morceau de tissu. Pourtant, tout autour de lui brûlait, la forêt, la montagne, mais pour lui, il n'y avait pas du tout de problème.

Il était capable d'enseigner tout le Tchangter de mémoire. Il fit de nombreux miracles, et sa vie ne fut que bienfait pour les êtres sensibles. Il se rendit au village de Do (près du monastère de Dodrupchen) et le chef du village lui donna le monastère attenant. Aussi ce monastère, qui suivait le système Sakya, devint un monastère suivant le système du Tchangter. Shérab Mébar introduisit au monastère de Khordong la pratique de Tsétcheu (une pratique de Padmasambhava), les danses de lamas, la musique et la peinture. Il mourut à l'âge de quatre-vingts ans. Son successeur fut Kalzang Gyamtso, un moine du village de Gyarong.

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dimanche 28 février 2010

LES ORIGINES DE KHORDONG (1) (par Tchimé Rigdzin Rinpoché)

Le nom de mon monastère est “Khordong Gompa.” Cela signifie « une petite maison au coin d’une montagne. » La plupart des gens ne savent pas qui a créé ce monastère, mais il est clair que son fondateur fut Noubchen Sangyé Yéshé (l’un des 25 principaux disciples de Padmasambhava), qui était un pratiquant de Yamantaka. Noubchen Sangyé Yéshé fit construire dans le sol un énorme moulin à prières de Yamantaka, (et pas suspendu comme on le fait généralement). A cause du gel, l’hiver, on peut l’entendre grincer « grrr, grrr, grrr... »

Où se situe ce monastère ? De manière générale, on peut considérer que tout le Tibet est un lieu d’Avalokiteshvara (un lieu d’enseignement). Mais plus précisément, Padmasambhava (Tsokyé Dordjé) vint en ce lieu et le bénit. Ses bénédictions sont très puissantes. Dans la région nommée Dorma Zalmo Gang, il y a une vallée nommé Nyikog, où coule la rivière Nyetshe. On y trouve de nombreuses grandes forêts, des fleurs, de nombreuses plantes médicinales, des chutes d’eau, de nombreuses sortes d’oiseaux, d’animaux sauvages, des pierres préiceuses (comme l’œil de tigre) et des animaux des montagnes comme les cerfs etc.

Dans la partie supérieure, on trouve de nombreux animaux laitiers – yacks, brebis, chèvres – et de ce fait, il y a beaucoup de beurre, de fromage et de lait. Dans la partie inférieure, les gens sont agriculteurs et les récoltes sont abondantes. C’est donc un lieu très prospère.

D’un point de vue religieux, chaque village a un monastère et un ermitage isolé pour les retraites. Il y a de nombreux représentants des écoles sakya, guéloug, kagyu et nyingma.

Le monastère de Khordong est un lieu sacré (Ba yer Gawa long). On y trouve une grotte de Padmasambhava, où se rassemblent de nombreuses dakinis, des mantras apparus spontanément etc. Si l’on pratique dans ce lieu, les maladies et les obstacles de cette vie seront éliminés, on obtiendra le pouvoir de longue vie, on pourra devenir riche et l’on pourra atteindre l’éveil. C’est donc près de cet endroit qu’au huitième siècle, Noubchen Sangyé Yéshé fit ce moulin à prière et de ce fait, l’endroit fut nommé « Khor Lo Dong. » (Khorlo = roue, moulin). Padmasambhava lui-même reconnut dans la vallée les huit signes auspicieux apparus spontanément.

De très grands sages vécurent dans les environs, et de ce fait, de nombreuses personnes furent attirées par ce lieu. Parmi ces sages, le premier à s’installer là, au douzième siècle (7èmes rabjung selon le système tibétain) fut le maître tantrique Ringa Changwa Amgon. C’était un contemporain du premier Dalaï Lama et de Rigdzin Logden Dordjé (l’un des 25 parmi la lignée de Rigdzin Goddem). Ringa Changwa Amgon pratiqua Vajrakilaya toute sa vie. Il enfonça son pourba dans un rocher et obtint de nombreux signes (de réalisation). Il consacra entièrement sa vie au Dharma et fut utile aux êtres sensibles. Il mourut à l’âge de cent dix ans. A cette époque, il n’y avait qu’une maison dans cet endroit de la montagne, « Khor Lo Dong. »