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mardi 16 décembre 2014

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Un petit extrait du nouveau livre des Editions Wandel-Verlag sur les préliminaires du Changter (Trésors du Nord)  avec le commentaire de Rigdzin Pema Thrinle. C'est en anglais, et j'ai juste traduit ce petit passage.


For beginners, thoughts arise and move through the mind constantly, with a lot of force. Like a cascade of water rushing down the steep face of a mountain, you cannot stop these thoughts. Although it is not wrong to have thoughts, it is important that you learn to recognise them clearly. If you are aware that they are not the actual essence of your mind and you leave them to dissolve of their own accord, just as they arose, gradually your thoughts and actions will become lighter and more subtle. Your calm abiding meditation will then become more stable, but you shouldn't think of this quieting of thoughts as the ultimate goal. You should continue to recognise the movements of your mind, even as they become less evident. If you don't practise in this way, you won't be able to continue deepening your understanding of mind and reality. The mere cessation of thought does not constitute actual calm abiding meditation." from The Path of Secret Mantra

Pour les débutants, les pensées apparaissent et évoluent dans l'esprit constamment, avec beaucoup de force. Comme une cascade d'eau jaillissant de la paroi escarpée d'une montagne, vous ne pouvez stopper ces pensées. Bien que ce ne soit pas une faute que d'avoir des pensées, il est important que vous appreniez à les reconnaître clairement. Si vous êtes conscient qu'elles ne sont pas la véritable essence de votre esprit et que vous les laissez se dissiper d'elles-mêmes, tout comme elles sont apparues, vos pensées et vos actions deviendront plus légères et plus subtiles. Votre méditation de pacification deviendra plus stable mais ne croyez pas que cet apaisement des pensées est le but ultime. Vous devez continuer à reconnaître les mouvements de votre esprit, même s'ils deviennent moins évidents. Si vous ne pratiquez pas de la sorte, vous ne serez pas capable de continuer à approfondir votre compréhension de l'esprit et de la réalité. La cessation des pensées seule ne constitue pas la véritable méditation de pacification (shiné).

mardi 18 mai 2010

Taklung Tsétrul Rinpotché (courte autobiographie)


Je suis né en 1926 au Tibet central, près du célèbre lac Yardrog, où Gourou Rinpotché laissa l’empreinte de sa main. Près de mon lieu de naissance, dans la région de Taklung, se trouvait le grand centre monastique de Taklung Tsé, affilié à Thubten Dordjé Drag, le siège de la tradition du Dharma Nyingma  des Trésors du Nord (Tchangter). Au dix-neuvième siècle, le grand Khenpo Namkha Longyang de Dordjé Drag reconnut un moine ordinaire de ce monastère comme l’incarnation de Ngok Tcheukou Dordjé. Ce toulkou continua à étudier et à pratiquer comme un moine ordinaire et devint finalement le Varjacarya (maître adamantin) du monastère. Il dédia toute sa vie à la pratique et à l’obtention d’une réalisation supérieure. On dit que le protecteur de Ngok, la glorieuse déesse Dudsolma se mit à son service. Sa réincarnation évolua également du rang de moine ordinaire à celui d’Acarya mais partit jeune pour les terres pures. Le neuvième Dodrag Rigdzin, Tcheuwang Nyamnyid Dordjé, sur la base d’une vision méditative, m’identifia comme l’incarnation suivante.

J’arrivai au monastère de Taklung Tsé à cinq ans, et je reçus alors ma première ordination, ainsi que le titre et l’intronisation de toulkou. A huit ans, on me donna mon siège dharmique au monastère mère de Thubten Dordjé Drag. J’étudiai avec une lama nommé Pawo Rinpotché, qui était élève de Khenpo Thubten Gyaltsen, un proche disciple du grand Dzogchen Khenpo Shenga. Lorsque j’avais quinze ans, le Khenpo le plus ancien du monastère de Gotsa qui était un disciple personnel du précédent Dodrag Rigdzin donna les initiations et les transmissions de la lignée Tchangter au Dodrag Rigdzin actuel, Namdrol Gyatso. Je pus alors très humblement recevoir la plupart de ces initiations et transmissions, ainsi que d’autres instructions dzogchen. 



A vingt ans, je reçus les initiations et les transmissions complètes du Rinchen Terdzeu et d’autres transmissions du précédent Shechen Rabjam Rinpotché. Du maître de retraite de Mindroling et du précédent Lalung Soungtrul Rinpotché, je reçus la plupart des initiations et transmissions des trésors de Pèma Lingpa, et de Golok Tchéwo Rinpotché, je reçus toutes les transmissions des Sept Grands Trésors et d’autres enseignements de Kunkhyen Longchen Rabjam. A Dordjé Drag, je reçus toutes les initiations et transmissions des enseignements trésors du Tchangter supérieur et inférieur, ainsi que les enseignements Kama (transmis par la longue lignée des maîtres, de bouche à oreille) et les instructions sur la nature de l’esprit. Je fus le Khenpo du monastère de Dordjé Drag durant sept ans, puis l’on me demanda de retourner à mon monastère de Taklung Tsé.

 A l’occasion du 2500 ème anniversaire du parinirvana du Bouddha, je me rendis en pèlerinage en Inde avec ma famille. Les circonstances s’aggravèrent d’année en année au Tibet, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de rester là-bas, aussi en 1959, de nuit, des compagnons et moi, nous nous enfuîmes, quittant notre pays jusqu’à l’Inde, en passant par le Sikkim où je demeurai deux ans. Au monastère de Rumtek, je reçus les initiations et les transmissions du Trésor des Instructions Orales et du Trésor des Mantras Kagyu de Sa Sainteté le grand Seizième Gyalwa Karmapa. A Kalimpong, je reçus toutes les initiations et transmissions des Kama et Terma Nyingma et d’autres trésors du Dharma de Dudjom Lingpa de Kyabdjé Dudjom Rinpotché. Au Bhoutan, de Dilgo Khyentse Rinpotché, je reçus les transmissions des œuvres de Mipam Rinpotché, et les initiations et transmissions de l’essence du cœur de Longchenpa, et d’autres pratiques dzogchen et tantriques.

 Puis je me rendis dans un nouveau camp de réfugiés à Shimla, en Inde, où durant des années, j’oeuvrai avec la communauté, le gouvernement local et l’état, ainsi qu’avec le bureau de Sa Sainteté le Dalaï Lama, à la refondation du monastère de Dordjé Drag en exil, afin de preserver, promouvoir et répandre les enseignements de la lignée Tchangter, car le monastère de Dordjé Drag au Tibet avait été complètement détruit. Aujourd’hui, il y a environ 80 moines dans ce nouveau monastère, et plusieurs autres en retraite.

J’ai offert le Tchangter et d’autres initiations et transmissions du Dharma à l’adresse de lamas renommés de différentes lignées dans différents monastères au Bhoutan, en Inde et au Népal, dont Namkha’i Nyingpo Rinpotché au Bhoutan, Kyabdjé Pénor Rinpotché à Mysore, et Dilgo Khyentsé Rinpotché au monastère de Shechen au Népal. De plus, je donne continuellement des instructions, des initiations et des instructions sur les pratiques préliminaires et principales, en fonction du besoin de ceux qui viennent demander le Dharma. 



Traduit par Lama Shérab Dordjé à la requête de Khenpo Tchimé Tsering et de ses étudiants de New York, à l’occasion de la première visite de Rinpotché aux USA. Puisse cela être vertueux!

dimanche 16 mai 2010

Quelques mots sur les Trésors du Nord

Le Tchangter ou Trésor du Nord, fut découvert en 1366 par le grand Détenteur de Rigpa (Vidyadhara) Rigdzin Godem, dans la grotte de Zangzang Lhadrak. Rigdzin Godem est né en 1337, dans une famille de tantrikas pratiquant Vajrakilaya. Il était à la fois un érudit et un méditant accompli. Dans la grotte de Zangzang Lhadrak, Rigdzin Godem trouva un grand coffret contenant cinq compartiments disposés comme un mandala. Chaque compartiment contenait différents textes sur un grand nombre de sujets : prières, sadhanas tantriques, rituels, instructions sur la profonde méditation dzogchen etc. Il les recopia sous une forme utilisable et les transmit aux disciples qui en étaient dignes. Rapidement, les enseignements du Trésor du Nord se répandirent dans toutes les régions du Tibet.

Plus tard, dans sa troisième incarnation, Rigdzin Godem établit le grand monastère de Dordjé Drag, au Tibet central, qui devint rapidement l’un des plus importants centres d’études, de pratique et d’activités spirituelles de l’école Nyingmapa. Cette tradition des Trésors du Nord de Dordjé Drag s’est perpétuée jusqu’à nos jours sans interruption. Sa Sainteté Taklung Tsétrul Rinpotché est actuellement son plus vénéré détenteur de lignée.

Dans la grande tradition terma de l’école nyingma, un grand nombre de trésors ont été dissimulés par Gourou Rinpotché et Yéshé Tsogyel pour le bien des générations futures. Puis au cours du temps, de nombreux termas ont été découverts par différents découvreurs de trésors, les terteuns. Parmi ceux-ci, du fait de leur réalisation spirituelle ou parce qu’ils étaient l’incarnation de grands maîtres, certains terteuns ont été considérés comme particulièrement importants, et leurs termas comme de très puissantes transmissions, dotées de pouvoir de bénédiction supérieur. Ainsi, la tradition mentionne cinq rois terteuns, et plus particulièrement les trois suprêmes émanations, qui sont les manifestations parfaites du Corps, de la Parole et de l’Esprit de Gourou Rinpotché. L’émanation du Corps est Nyang Ral Nyima Euzer, celle de la Parole est Gourou Tcheuwang, et l’émanation de l’Esprit, le plus éminent, est le grand Rigdzin Godem, découvreur du Tchangter. De ce fait , ses Trésors du Nord sont dotés d’un pouvoir spirituel exceptionnel et peuvent être une source extraordinaire de bénédictions pour le pratiquant. On dit parfois que c’est la transmission suprême parmi les anciens termas, le Roi des anciens termas.

De plus, le Tchangter de Rigdzin Godem a des caractéristiques spéciales qui en font une transmission extraordinaire. Il est difficile de traiter de cela en détail, et certains de ces points ne peuvent être compris qu’en méditation. Nous pouvons juste mentionner quelques points. Par exemple, dans la section du yidam, ou déité tutélaire, on peut trouver deux transmissions très inhabituelles. Le mandala apparaissant et brillant spontanément des huit hérouka (Kagyed Rang Jung Rang Shar) est le plus détaillé et le plus profond de toutes les sadhanas des Huit Héroukas, exposant les neuf mandalas des Kagyé sous une forme complète, avec toutes les déités secondaires. De même, la déité noire du Tchangter Pourba est une transmission très détaillée de la grand sadhana de Vajrakilaya, incluant de nombreux textes additionnels permettant de pratiquer les différentes activités du yidam d’une manière particulièrement puissante. Elle est largement reconnue comme la meilleure transmission de Vajrakilaya de toute la tradition Nyingma.

Dans la section des protecteurs, la principale déité protectrice masculine n’est pas Gonpo Maning à deux bras, mais le grand suprême Yéshé Gonpo Tchadrukpa à trois visages et six bras, la plus puissante et éminente déité Mahakala. On trouve aussi la sadhana de Rahoula, celles de Mahadeva (externe, interne, secrète) etc. Du fait de toutes ces transmissions spéciales de yidams et protecteurs, on dit qu’en ce qui concerne les différents types d’activités magiques et spirituelles, paisibles comme courroucées, le Tchangter de Rigdzin Godem est réellement insurpassé parmi tous les termas nyingma du Tibet.

Mais la caractéristique la plus remarquable des transmissions Tchangter, la plus célèbre et la plus hautement révérée, est sa section dzogchen, le grand recueil de pratiques de méditation suprêmes nommé la Vision Infinie de Samantabhadra (Kunzang Gongpa Zangthel), un système complet d’enseignements dzogchen couvrant tous les aspects de la voie de la grande perfection, des niveaux préliminaires aux instructions hautement secrètes de Theugal. Louée par de nombreux maîtres pour sa profondeur et sa clarté, elle a été la source des plus hautes réalisations pour beaucoup de pratiquants. Elle est considérée comme l’une des trois transmissions suprêmes du dzogchen, avec le Nyingthig Yabshi de Longchenpa et les Brèves Instructions de Terdag Lingpa. Il est dit que le simple fait de recevoir l’initiation du Gongpa Zangthal ferme à jamais les portes des royaumes d’existences inférieures, et peut être la source d’innombrables bénéfices spirituels.

Aussi, quand on sait qu’il y a encore de nombreuses autres caractéristiques spéciales que nous ne pouvons mentionner ici, il est facile de comprendre pourquoi le Tchangter de Rigdzin Godem a toujours été considéré comme une transmission très précieuse, et l’une des plus importantes des anciens termas. Jusqu’à des temps récents, la transmission complète des trésors du nord était rarement donnée, et elle était très difficile à obtenir. Ces dernières années, grâce aux activités compassionnées de Sa Sainteté Taklung Tsetrul Rinpotché, et de Sa Sainteté Tchimé Rigdzin Rinpotché, fondateur du monastère de Khordong à Siliguri, il a été possible à beaucoup de pratiquants de recevoir les enseignements de cette grande tradition, et la pratique du Tchangter a commencé à se développer de plus en plus dans les contrées de l’est et de l’ouest. Aussi nous pouvons espérer que, de plus en plus de gens y portant de l’intérêt, et les études, recherches et traductions commençant à se développer, le nombre de pratiquants Tchangter continuera à s’accroître et que les bénédictions de cette grande lignée spirituelle pourront se répandre partout.

Appendice: Cinq incarnations qui ont soutenu les Trésors du Nord au Yolmo

Yolmowa Toulkou Ngagchang Sakya Zangpo (15ème siècle)
Incarnation de Gö Pèma Gungtsen, le grand ministre du Dharma du roi Trisong Deutsen, Sakya Zangpo naquit dans le Latö méridional, à Drampa Jong, dans une famille de tantrikas. Etudiant avec de nombreux grands maîtres de l’époque, comme Namkha Palden de Gongpo, Namkha Gyaltsen, Sangyé Tenpa (l’oncle de Rigdzin Godem), Urgyen Palzang de Tsang et Pèma Lingpa, il apprit les doctrines des anciennes et nouvelles écoles. Recevant d’innombrables transmissions, il devint érudit à la fois pour les Kama et les Terma. Méditant sur le site Tchangter de Riwo Pelbar, il obtint le succès dans toutes ses pratiques.

Pour découvrir les préceptes d’Avalokiteshvara dans ‘le mur de neige’ (gang kyi rawa) au sud de Goungthang, il perça le mur et ouvrit le ‘pays caché’ de Yolmo, l’un des sept pays cachés (bèyul) considérés comme particulièrement favorables aux retraites méditatives, ‘un lieu où le Dharma fleurira après sa disparition du Tibet.’ En 1452, alors qu’il séjournait à Samyé, il exhuma du stupa rouge un terma comprenant le Zhigseu Loungten gyi Shogril, et un texte concernant le stupa Djaroung Kashor à Bodnath. Plus tard, à Lhassa, Sakya Zangpo découvrit des écrits de Songtsen Gompo, Pèma Lingpa et Kunga Rintchen. Il se rendit ensuite en pèlerinage sur les sites sacrés de la vallée de Kathmandou où il restaura le stoupa Djaroung Kashor , à Bodnath, accomplissant ainsi le souhait qu’il avait fait en présence de Padmasambhava dans une précédente incarnation en tant que Gö Pèma Goungtsen. Au népal, on dit qu’il découvrit des reliques sacrées du roi népalais Euzer Gotcha. En 1504, trois ans avant sa mort, il supervisa également la grande restauration du stoupa de Svayambounath, au sommet duquel Tsangnyon (le yogi fou de Tsang) avait placé un chakra et une flèche.

 Ngagtchang Sakya Zangpo transmit l’intégralité des Trésors du Nord aux frères Ngari Panchen et Legden Dordjé, qui étaient tous deux ses disciples, et il fut ainsi un lien vital de la transmission Tchangter. Tous les habitants de Ngari et Goungthang profitèrent grandement de ses activités éveillées. Suivant une prédiction donnée par Tchogden Gonpo, Sakya Zangpo retourna au Yolmo où il fonda et entretint le terrain du premier monastère de Tchouda (crête en forme de tête) à Pèmai Tsel.


Yolmowa Toulkou Namkha Djadjin (16ème siècle)
Tout ce qu’on sait de Namkha Djadjin est qu’il naquit dans le Lhodrag comme quatorzième descendant de Ngadag Nyang Rinpotché, et qu’il eut un disciple nommé Urgyen Dondroup de Nyang

Yolmowa Toulkou  Tendzin Norbou alias Tobden Shougtchangtsel (1589-1644)
Tendzin Norbou, troisième incarnation de Ngagtchang Sakya Zangpo, naquit dans le Kongpo à Lunga Gyalrong. Il était le fils de Rigdzin Thrinlé Wangtchouk et de dame Kunzang Wangmo. Très jeune, il se souvenait de ses précédentes incarnations et montrait une intelligence remarquable. Il eut également des visions inspirées. Il fut reconnu par son ancien disciple Ourgyen Dondroup, qui de ce fait devint son maître. Lorsqu’il prit les vœux de laïque auprès de Karmapa Tcheukyi Wangchuk, il reçut le nom de Karma Thubten Nyingpo Nampar Gyalwai Dé. Il eut des maîtres de l’école karma drukpa et également Lochen Gyourmé Détchen. Après avoir achevé ses études à Nyingling, il fut invité par le roi de Yambou à venir au Népal. Là, une fois encore, il consacra et restaure le grand stupa Djaroung Khashor, comme il l’avait fait dans une vie passée. Il fut honoré et vénéré par le prince de Tsang lorsqu’il donna les enseignements du Dharma à Ngamring.

Sa résidence principale fut le monastère de Tchoung Riwotché, dans le Tsang occidental, fondé par Thangton Gyalpo. Depuis cette époque, le monastère continue à suivre l’enseignement du plus jeune frère de Tendzin Norbou, Tchagdor Norbou. A Menthang, il rencontra Rigdzin Ngagi Wangpo qui l’initia comme détenteur de la tradition Tchangter et nettoya son esprit de toutes les théories mondaines. Tendzin Norbou devint ainsi le principal disciple (fils du cœur) de Ngagi Wangpo. Se rendant à Mangyul, il établit un centre de retraite à Riwo Palbar. S’engageant lui-même dans une profonde méditation, il reçut des visions pures et des prédictions sur la base desquelles il put découvrir des trésors dans leur cachette, à Gyang Yeunpo Loung, l’endroit où la première clé du Tchangter avait été découverte. A son retour dans la province du centre, tendzin Norbou se vit confier par son maître Ngagi Wangpo la charge du monastère de Dordjé Drag.

Plus tard, dans la grotte de Tara à Tanag, Tendzin Norbou reçut des enseignements terma de pures visions de la dakini, mais jusqu’à la fin de savie, les conditions ne furent pas favorables pour qu’il puisse les révéler. Ses œuvres (soung thorbou) représentent un volume d’écrits.

Yolmowa Toulkou Zilnon Wangyal Dordjé (1647- ??)
Il fut étudiant de Ngari Terton Dawa Gyaltsen, aussi nommé Péma Garwang Tsel ou Garwang Dordjé (1640-1685) qui découvrit de nombreux ters et en particulier le cycle de Vajrakila nommé Poudri Regtcheu. Zilnon Wangyal Dordjé fut l’auteur de nombreux travaux mineurs (thorbou) qui furent ensuite réunis et transmis. Un volume de ses ‘souvenirs biographiques’ fut aussi conservé dans la bibliothèque de Gonpa Djen Toulkou. Il comporte cinq grands textes biographiques relatant ses différentes expériences visionnaires et ses activités dharmiques, et dont nous espérons apprendre plus sur ce maître dans le futur. Parmi ses disciples figurent le détenteur du trône de Domar, Mingyur Dordjé de Nyalam, né en 1675, maître renommé des Trésors du Nord, et dont 63 textes sont parvenus jusqu’à nous

Yolmowa Toulkou Thrinlé Dudjom alias Karma Dudjom (1725-1789)
Ngagtchang Nyima Senge (1687-1738), du Kyidrong au Tibet, fonda un temple au village de Tarkhyeghyang au Yolmo, et de 1723 aux années qui suivirent, les membres de sa famille (lignée de Tennyi Lingpa) on constitué la principale lignée fournissant les directeurs de ce temple.  Le fils de ce dernier, Thrinlé Dudjom fut donc le lama principal du temple de  Tarkhyeghyang après la mort de Nyima Senge en 1738/39.

Thrinlé Dudjom fut d’abord éduqué par sa mère qui lui apprit à lire à l’âge de huit ans. Elle était d’une lignée tantrique de Dragkar Tasso dans le Tibet méridional. Il fut également éduqué par son père Ngagtchang Nyima Sengé. Il étudia ensuite sous la direction de quatre lamas de la lignée Domarpa : Pèma Dordjé (chef de la lignée et son maître principal), Pèma Sangngag Tendzin, Gyurmé Urgyen Menngag Tendzin et Tséwang Norbou.

Enfant, Thrinlé Dudjom prit l’ordination de laïque de Pèma Dordjé à Tchamtrin, au nord-ouest de Kyidrong, et il reçut alors le nom de Rigdzin Thrinlé Dudjom. Comme son père, il voyagea largement entre Yolmo ,sud Tibet et vallée de Kathmandou. Il écrivit deux commentaires sur les pratiques du Tchangter Pourba et organisa l’ordre des rituels. Il fut aussi le lama principal de Nèshar Léou Gon et de Dzongkar, à l’extrémité nord de la vallée. Il était dans ce lieu lorsque les népalais envahirent la région en 1788. Tarkhyeghyang était de loin la plus pauvre des ces trois gompas. Il fut marié à la fille du principal lama de Dragkar Tasso, d’où venait sa mère et plus tard, il devint également le lama principal de ce monastère. Parmi ses disciples figurent Mipam Tcheukyi Wangchuk (né en 1775), le toulkou de Dragkar Tasso qui composa une biographie de Tséwang Norbou et plusieurs textes associés aux Trésors du Nord, et également Tséwang Tchimé Geunpo (1755-1807), qui écrivit la biographie (largement auto- ) de Thrinlé Dudjom.

 De cette biographie, on apprend que Thrinlé Dudjom s’efforça grandement de protéger son monastère familial, la gompa de Tarkhyeghyang. Il restaura les bâtiments en 1770 et s’inquiéta de la moralité laxiste de ses occupants, commentant que c’était devenu “la rue pour tous les êtres” et en parlant comme d’une « coquille vide. » Sur son lit de mort, bien qu’il donnât à ses fils l’instruction  de ne pas laisser la lignée de Tennyi Lingpa tomber en décrépitude, il est clair qu’il espérait que deux de ses fils s’en aillent à Dragkar Tasso et à Nèshar Leou Gon au Tibet, plutôt qu’ils ne restent au Yolmo.

La succession spirituelle du temple familial du Yolmo se perpétua apparemment par les fils d’une seconde épouse de Thrinlé Dudjom, qu’il avait épousée à Djamtrin. Cette seconde épouse est de la lignée Domarpa

samedi 15 mai 2010

La lignée des Trésors du Nord: incarnations de Rigdzin Godem


Ayant établi l’école des Trésors du Nord au Tibet, Rigdzin Godem reste à ce jour engagé par ses voeux de bodhisattva à propager ces enseignements aussi longtemps qu’ils continuent à être utiles pour l’humanité. Conformément à ses préceptes religieux, au milieu du 14ème siècle, il s’est manifesté sous la forme d’une émanation ayant pour nom Godem Yangtrul, le glorieux (Palden) Jamyang Lama. Apparaissant au Tsang ,dans la partie supérieure du Nyang, à l’ouest du lac Yardro le long de la rivière Nyangtchou dans la région de Gyaltsé, Jamyang Lama s’installa dès son plus jeune âge dans une communauté de pratiquants Nyingma et il s'avéra capable de dissiper tous leurs doutes et confusions concernant les enseignements des soutras et des tantras.

Dans une grotte à trésor secrète dédié aux dakinis, en cette région supérieure du Nyang, il découvrit un enseignement terma incluant de puissantes prières aux gourou, deva et dakini, grâce auxquelles des milliers d’individus obtinrent la libération. Procurant des bénédictions spéciales aux populations locales de Shan, Tanag et d’Uyug, les enseignements qu’il révéla à cette époque furent incorporés plus tard dans le système des Trésors du Nord. La lignée de ces enseignements resta ininterrompue même du temps de Kongtrul Lodro Thayé, qui inséra plusieurs de ces textes dans le Rinchen Terdzod et les agrémenta d’explications supplémentaires de sa composition.
La première de ses ‘grandes’ incarnations prédite par Kunkyong Lingpa était Terton Legden Dudjom Dorje (1512–1625), du Ngari Lowo [1]. Son père, Jamyang Rinchen Gyaltsen, était un érudit et yogi renommé, l’incarnation finale de Marpa Lotsawa. Sa mère était Drotcham Thrompagyen, et son frère aîné le célèbre Ngari Panchen. Son père fut son premier professeur, mais c’est de son gourou racine Sakya Zangpo qu’il reçut la transmission des Trésors du Nord. [2] Il étudia également avec de nombreux grands maîtres des Kama et Terma, et devint un lien vital dans la transmission des enseignements de l’anuyoga, qu’il reçut de son père et qu’il confia par la suite à Kyiton Tsering Wangpo en une continuité de lignée qui échut à Rigdzin Péma Thrinlé. Il révéla trois volumes supplémentaires d’enseignements des endroits où ils étaient cachés, à Samyé, à Onpu Tagtsang et à Lhari Nyingpo au Sikkim. [3]

Son frère aîné, Ngari Panchen Padma Wangyal (1487-1543), [4] éminent érudit et adepte de la lignée Tchangter, établit un monastère provisoire auquel il donna le nom de Evam Tchogar, sur le flanc de montagne près de la grotte. [5] Anticipant le futur développement de la communauté de moines qui y résidait, il conçut un code de conduite stricte que tous devaient suivre. [6] De cette façon, les enseignements du laïc, le vidyadhara Godemchen, devinrent le principal sujet d’étude d'une communauté de moines ordonnés. Ces enseignements furent par la suite ajoutés par Padma Wangyal à ses propres termas, le cycle de Rigdzin Yongdu. [7] Encouragé par le Terton Sherab Euzer, Padma Wangyal continua à développer les activités et la réputation de cette communauté religieuse et établit finalement le monastère de Thubten Serdogchen. Il mourut à l’âge de 56 ans dans le village de Onméthang.
 
En 1550, Padma Wangyal avait pris renaissance dans le haut Yéru, dans le nord du Tibet, comme Tashi Tobgyal Wangpo’i De (1550–1607), fils du chef du clan Namkha Rinchen, descendant des rois du Minyag. Sa mère s’appelait Tcheukyong Dzomchen. Continuant le travail de son prédécesseur, Trashi Tobgyal découvrit d’importants Termas dans le temple de Dirya Palo à Samye, et dans le stupa doré à Lhodrag Jeupa. Volant vers la grotte de la pratique secrète au sommet du rocher Lhanglhang à Tsangrong, il révéla trois cycles d’enseignements supplémentaires [8] et devint célèbre pour ses activités religieuses tant au Kham qu’en Chine.
 
Parmi ses œuvres figure la biographie du gourou Padma, terminée en 1603, et le Byang gter mnga’ dbang skor gyi mtha’ dpyod byang pa gu ru ral pa can gyi legs bshad. Son principal enseignant du Tchangter était Rigdzin Legdan Dorje, mais il étudia également avec Djampa Tcheuki Gyaltsen, Ratna Bhadra, Rinchen Puntsog et Yanpa Lodé. Désireux de renouer les relations avec les dirigeants du  Tsang qui avaient brisé l'harmonie au sein la communauté monastique du Tchangter et contraint les moines à l’errance,  Tashi Tobgyal, avec l'aide du sponsor  religieux Powo Kanam Gyalpo, continua la construction du centre de retraite se trouvant sur le flanc de la montagne Ngari Panchen Evam Tchogar qu’il renomma Guru Padma’i Evam Tchogar.
 
A 30 ans, Tashi Tobgyal eut un fils qui devait être le dernier héritier de sa lignée familiale issue des princes Tchang Ngamring, descendants des rois de Minyag. La mère du jeune garçon était Lhatcham Yizhin Wangmo du clan divin de Zahor. Reconnu comme la troisième incarnation du Mahavidyadhara God kyi Dem Thruchen, cette grande  incarnation, Ngagi Wangpo (1580–1639), prit refuge avec le Drigung Tcheugyal Rinchen Puntsog de qui il reçut le nom de Ngagwang Rigdzin Dorje Tcheugyal Tenpa’i Gyaltsen Palzangpo.
 
Il reçut de son père toutes les initiations des kama et terma, et s’entraîna tel un moine, un bodhisattva et un guhyamantrin, maintenant les trois séries de vœux en parfaite pureté. Il pratiqua avec application et concentration à  Yarlung Sheldrag ainsi qu’en d’autres lieux puissants associés à Gourou Padmasambhava. Il vit le visage des devas et des dharmapalas et il obtint d’incomparables siddhis et capacités pour apporter d’énormes bienfaits à tous les êtres.  Khédrub Tashi Namgyal, auteur d’une oeuvre originale clarifiant la doctrine de l’école nyingma, était un de ses disciples, tout comme Zurchen Tcheuying Rangdrol, un grand gourou qui comptait parmi ses propres disciples le Vème Dalai Lama (à qui il conféra les enseignements de Vajrakila, la sadhana des huit héroukas et le Nyingthig), et Rigdzin Padma Trinlé, entre autres.
 
Sous l’influence de Ngagi Wangpo, la paix et l’harmonie régnaient sur les bouillants seigneurs de la guerre de l’est du Tibet. Il voyagea vers l’ouest et déplaça sa résidence d’Evam Tchogar sur la rive nord de la rivière Tsangpo, vers un endroit auspicieux qui lui fut indiqué par le symbole d’un vajra (dorje) qui se forma spontanément sur un rocher (drag) avoisinant, à l’ouest de Samye dans la province centrale de Ü. C’est là, en 1632 (l’année du singe d’eau), qu’il fonda le monastère de Guru Padma’i Evam Tchogar Thubten Dorje Drag. Depuis lors, ce monastère a été le lieu d’étude principal de la lignée des Trésors du Nord et le siège de toutes les incarnations successives de ses Tertons, postérieurement connues sous le titre de “Vidyadhara de Dorje Drag.” Ngagi Wangpo, la troisième incarnation de Godem Chen, fut donc également connu sous le nom de premier Dorje Drag Rigdzin.
 
Tout au long de la période durant laquelle son fondateur fut en vie, le monastère de Dorje Drag abrita environ deux cent moines. [9] S’agrandissant encore les dernières années, il était destiné à devenir l’un des principaux monastères Nyingmapa du Tibet. Malgré cela, Rigdzin Ngagi Wangpo n’était pas satisfait de ce qu’il fut capable d’accomplir et vers la fin de sa vie, il confia des plans de développement supplémentaires à son disiple Tendzin Norbu de Yolmo. [10]
 
Le Grand Vème Dalai Lama reçut l’année de sa naissance en 1617 l’initiation de longue vie de Ngagi Wangpo. Plus tard, il reçut également la série complète des autorisations tantriques de la tradition des Trésors du Nord (dont une partie aurait été reçue directement par le maître décédé Tashi Tobgyal en visions mystiques [11]), ainsi que les enseignements impartiaux issus de sa propre école (Gelugpa) et d’autres écoles. Le Grand Vème Dalai Lama, qui admirait et honorait Ngagi Wangpo, composa sa biographie.  Ngagi Wangpo mourut en 1639.
 
Deux années plus tard, à Monkhar Namseling, Lobzang Padma Thrinlé (1641–1718) naquit comme fils de Karma Puntsog Wangyal du clan de Djanag. Sa naissance fut marquée par un nombre de présages auspicieux inhabituellement élevé, et le garçon fut rapidement reconnu comme le quatrième de la lignée des Mahavidyadharas. A l’âge de six ans, il fut intronisé à Dorje Drag par son précédant disciple Tendzin Norbu de Yol-mo. Padma  Thrinlé devint par la suite disciple du Vème Dalai Lama de qui il reçut les voeux de samanera et de bhikshu.
Etudiant intensément sous la supervision des plus grands maîtres de l’époque, [12] Padma  Thrinlé reçut initiations et commentaires d’un grand nombre de doctrines tantriques des anciennes et des nouvelles écoles, qu’il mit en pratique lors de longues périodes de retraites au monastère de Dorje Drag mais aussi dans les lieux puissants bénis par Padmasambhava de Drag Yangdzong et de Chuwori.

Le résultat de sa grande érudition et perspicacité fut son aptitude à raviver et à étendre les enseignements de sa propre lignée d’incarnations, l’école des Trésors du Nord de Dorje Drag. Regroupant tous les enseignements qui avaient été transmis en trois courants par le terton original (les lignées de la Mère, du Fils et du Disciple), il les unifia en une seule lignée. Il composa de nombreux traités et travailla énormément en vue d’arranger correctement l’ordre liturgique des textes des rituels Tchangter, ajoutant des parties supplémentaires aux textes originaux là où c’était nécessaire. Il corrigea également les erreurs apparues lors de la transmission, il rétablit les traditions antérieures de rituels devenues confuses ou qui s’étaient perdues, telles qu’un système correct de chant, la préparation des mandalas et des offrandes spéciales etc. Son travail remplit treize volumes.
 
Au même titre que l’importance des efforts qu’il fournit pour le Tchangter, Kunkhyen Padma Thrinlé est également reconnu pour le rôle qu’il joua dans la lignée de transmission du Do Gongpa Dupa, les textes prééminents de l’anuyoga. Pressé par les demandes de son maître, le Grand Vème Dalai Lama, il composa le Dupa Do’i Wangtchog Kyilkhor Gyatso’i Jugngog et conféra en de nombreuses occasions l’initiation des sutras. Il transmit également les enseignements complets et les initiations du Kalachakra-tantra et des initiations du mahayoga. Orgyen Terdag Lingpa et Lochen Dharmasri comptaient tous deux parmi ses disciples. [13] Rigdzin Chenpo Padma Thrinlé fut tué en 1718 lorsque les Mongols Dzungar, protecteurs fanatiques des Gelugpa, rasèrent le monastère de Thubten Dorje Drag. [15] 
 
La cinquième incarnation de Rigdzin Godem fut Kalzang Padma Wangtchuk (1720–1770), qui naquit à Nyagrong Tchagdud dans le district de Puborgang (Bu-bor-sgang) situé au sud-est du Tibet. Sa famille prétendait descendre d’une ancienne dynastie de monarques Tibétains lHa. Après son intronisation où il fut reconnu comme le troisième Dorje Drag Rigdzin, il se rendit compte de tous les dommages qu’avait subi son monastère, qui une fois remis sur pied, resta un centre important de la tradition Nyingma pour les deux cents années qui suivirent. Ses propres enseignements visionnaires (dag snang) comprennent le Kadu Tcheukyi Gyatso et le Padma Dragpo, des méditations du gourou sous un aspect féroce. Certaines scènes issues de ces visions sont reproduites le premier mois de chaque année, comme danses sacrées faisant partie des célébrations du nouvel an.
 
 Après lui, arriva Khamsum Zilnon (Kun-bzang ’gyur-med lhun-grub rdo-rje, la sixième incarnation et le quatrième Dorje Drag Rigdzin), qui naquit à Sertog dans la région de Dartsedo. [16] Il fonda le monastère appelé Garwatsang à Dartsedo, une branche de  Dorje Drag (rDor-brag-smad). Cet édifice de la tradition Tchangter à l’extrême est devint le monastère familial des dirigeants de Tchaglade Dartsedo. Lors d’une vision pure, il obtint une pratique spéciale de longue vie qui fut incluse par la suite au Rinchen Terdzod par Kongtrul Lodreu Thayé.
 
L’incarnation suivante, Ngagwang Jampel Mingyur Lhundrup Dorje (cinquième Dorje Drag Rigdzin, 1839–1861) venait de Namséling dans le Meunkhar. Hélas, il mourut à l’âge de 22 ans et peut d’informations furent recueillies concernant son activité.
 
Le sixième Mahavidyadhara de Dorje Drag fut Kalzang Padma Wangyal Duddul Dorje, qui naquit dans les hauteurs de Layag à Lhodrag. Célèbre pour son habilité dans les pratiques tantriques féroces, il aurait même repoussé l’armée d’invasion Gorkha au moyen de pouvoirs occultes, suite à quoi il reçut du gouvernement, en guise de remerciement, le titre de Hu thug thu. Il mourut également très jeune.
 
Thubten Tcheuwang Nyamnyid Dorje, la neuvième incarnation de Rigdzin Goddem, naquit à Ramoche Gyaldong, près de Lhassa, le cinquième mois de l’année du singe de bois (1884). Son père était Sönam Tobgyal et sa mère Tsetchig Drolma. Il reçut ses premiers voeux à l’âge de deux ans du XIIIème Dalai Lama, qui lui donna également son nom. A trois ans, il fut reconnu et amené au monastère de Dorje Drag pour être intronisé. Ayant reçu la lignée entière des enseignements de l’école des Trésors du Nord des maîtres Jigmed Gyalwai Nyugu et Yongdzin Kalzang Tsulthrim, il fut capable au cours de l’année du rat de fer (1900) de recevoir son premier précepteur le XIIIème Dalai Lama, comme invité à Dorje Drag. Cinq ans plus tard, il prit ses voeux finaux avec le précepteur Kunzang Padma Drodul Dorje à Yardrog Dragra. En 1911, il restaura la structure du monastère de  Dorje Drag et y établit, en 1916, un nouveau centre de retraite appelé Sheldrag Riwo Lhonub. Invité à visiter Dartsedo par le prince Tchagla dans la région du Kham, il y visita un grand nombre de monastères Tchangter et construisit un grand stupa. Il partit pour les champs purs l’année du singe d’eau (1932).
 
L’actuel desservant (Huitième Dorje Drag Rigdzin) né à Lhassa en 1936, se nomme Thubten Jigmed Namdrol Gyatso. Reconnu comme la dixième  incarnation du terton, il fut ordonné moine par Radreng Rinpoche, le régent du XIIIème Dalai Lama. Il étudia la tradition Tchangter avec Gotsa Khenchen Thegchog Tendzin, disciple de son prédécesseur, et reçut également des enseignements de Khen Rinpoche de Mindroling et de Dudjom Rinpoche. Malgré le renversement du Tibet par les communistes chinois,  Namdrol Gyatso resta au Tibet et s’activa à la reconstruction de son monastère qui avait été presque complètement dévasté lors de cette ‘révolution culturelle.’ [17]
 
  Notes  

  [1] GongKhug est une petite pochette portée autour du cou ou encore une poche située au sein de la chemise, etc. En tout cas, le Gong khug ma est ce que portait Padmasambhava continuellement près de son coeur. Certaines indications du fait que l’objet en question est effectivement un kila se trouvent dans le Soldebs Bartché Lamsel. Padmasambhava y est décrit comme tenant dans sa main droite un kila en métal de cloche (pour subjuguer les mara et raksasa), dans sa main gauche un kila de bois de khadira (pour protéger les disciples dévoués), et comme portant un kila en fer  indivisible de la déité autour du cou. D’autre part, C.R.Lama insista sur le fait que le Gong khug ma est un texte rituel condensé.
[2] Lowo est un royaume du Mustang, le Népal d’aujourd‘hui. Jusqu’au 18 èm sciècle,  Lo-bo, Dolpo et Goungthang étaient considérés comme faisant partie du bas Ngari (mNga’-ris-smad). Durant  la période Mongole (1240-1368), trois districts de Ngari (mNga’-ris-skor-gsum) ont pu être ajoutés : Ladag à l’ouest, Zhangzhung dans la région centrale, et Guge Pu au sud.
[3] Concernant Sakya Zang-po, voir l’annexe concernant le Yol-mo.
[4] Thugs rje chen po 'khor ba dbyings grol (1 vol.), Tshe sgrub bdud rtsi 'khyil pa (1 vol.), et Drag po dbu dgu (1 petit vol.). Ces trois volumes comprennent les enseignements sur Avalokitesvara, Mañjusri et Vajrapani, ainsi que la pratique de longue vie qui lui permit de vivre jusqu’à 113 ans.
[5] Une biographie abrégée de ce lama affirme qu’il était une incarnation du roi Thrisong Deutsen et la neuvième incarnation de Gyalsé Lhaje, voir: "The Rise of Esoteric Buddhism in Tibet", de Eva Dargyay pages 156 à 160, NSTB I 805-808, et  "Masters of the Nyingma Lineage", pages 207 et 208.
[6] Selon Dudjom Rinpoche; "La totalité de la communauté monastique de leur assemblée devint un campement itinérant à cause des déprédations de Zhing-Shag-pa (Tshe-brtan rdo-rje), le gouverneur deTsang." NSTB I 783. Par la suite, les troubles causés par le gouverneur prirent fin, lorsqu’il fut tué par le rite magique courroucé de Tchang Dag Tashi Tobgyal qui acquit alors son titre de "Tchang-bdag" (Protecteur des Trésors du Nord) en résultat de cette action.   
[7] bsGrigs kyi bka' yig rdo rje 'bar ba gzi byin. Il composa également le fameux sDom gsum rnam nges dans lequel il démontra l’inter-relation entre les voeux de pratimoksa, de bodhisattva et du mantrayana.
[8] Bla ma bka' brgyad yongs 'dus chos skor.
[9] Ce sont les Tshe sgrub sku gsum rig 'dus, le Karma gourou'i chos skor et le Ma rgyud khrag rlung ma (connu également comme le Magyud Nyingpo Don Sum).
[10] Le nombre donné par Rigzin & Russell est de 2000.  E.Gene Smith (dans "Among Tibetan Texts" - "Parmi les Textes Tibétains") et Tarthang Tulku (dans "Crystal Mirror V" - "Le Miroir de Cristal V") mentionnèrent le nombre de 200, alors que Wylie (dans "The Geography of Tibet" - "La géographie du Tibet) " et Ferrari & Petech (dans "mKhyen-brtse's Guide") avancèrent le nombre de 400. Gene Smith et Tarthang Tulku mentionnent également cela, mais cette fois, le monastère avait trois lamas incarnés.
[11] Troisième incarnation de Ngagtchang Sakya Zangpo. Voir annexe concernant le Yol-mo.
[12] Voir la version anglaise du livre de Samten Karmay, "Secret Visions" pages 66, 74, etc., où il est dit que Padmasambhava lui-même donna les instructions Tchangter au Vème  Dalaï Lama.
[13] Parmi eux se trouvaient Zurchen chos-dbyings rang-grol, bKa'-gyur-ba bsod-nams mchog-ldan, Khra-tshang-ba blo-mchog rdo-rje, gTer-chen 'gyur-med rdo-rje, lHa-btsun nam-mkha' 'jigs-med et Se-ston thugs-mchog 'od-'bar.
[14] Parmi ses disciples il y avait également le siddha Lobzang Lhatchog (1672-1747) qui venait du Lhodrag Drowo. Il est célèbre pour avoir révélé quatre terres cachées: Senge Ri, Khanpa Jong, Longmo Lhateng, et Ormo Lhasa (dans laquelle il découvrit le palais deYamshud Marpo). Après le meurtre tragique de son maître  Rigdzin Padma Thrinlé en 1718, il put se réjouir de la découverte de son incarnation Kalzang Padma Wangtchuk. Après l’intronisation de ce dernier à Dorje Drag, il lui rendit visite en 1734 et en 1735 en vue de lui enseigner le rDzogs chen thugs rje chen po ’khor ba dbyings grol.
[15] Pour plus de détails à propos de cette période de trouble historique, consultez les livres suivants: "China and Tibet in the Early Eighteenth Century" de L.Petech; et "A Cultural History of Tibet" de Snellgrove & Richardson.
[16] La ville de Dartsedo se situe dans les profondeurs de la gorge de la confluence des rivières Cheto-chu et Yakra-chu, affluentes de la rivière Dardo. C’était à l’origine la capitale du royaume de Chagla (un des cinq royaumes indépendants du Kham) sous l’autorité héréditaire du Chagla Gyalpo. D’après le livre: "Tibet Handbook (2nd edition) ", Gyurme Dorje, de  Bath, 1999,  page 447.
[17] On peut voir des photos du monastère de  Dorje Drag récemment restauré en cliquant sur GALLERY at www.tbrc.org

Rigdzin Godem et les Trésors du Nord


Le monastère de Khordong suit les traditions des Termas du Nord (Tchangter). Comme c’est expliqué dans ce qui suit, ces trésors spirituels cachés par Padmasambhava furent redécouverts par Rigdzin Godem, l’un des plus éminents découvreurs de trésors (terteun). Rigdzin Godem est considéré comme l’un des trois plus grands terteuns (avec Nyang Ral Nyima Euzer et Guru Tcheuki Wangtchouk), et l’un des cinq grands rois terteuns. Ce qui suit est extrait d’une compilation de différents textes réalisée par  Martin Boord.



Origines spirituelles

Les nombreuses biographies de celui qui dévoila le trésor, Ngödrub Gyaltsen(1337–1408), encore nommé Rigdzin Godem, mentionnent que son dharmakaya est Samantabhadra et sa forme sambhogakaya  est Vajrasattva. Il manifesta plus de douze nirmanakaya en Inde [1] avant de naître au Tibet au huitième siècle de l’Ère Commune, sous les traits de Nanam Dorje Dudjom.

A cette époque, Trisong Detsen, roi du Tibet et grand adepte du Bouddhisme, envoya en Inde des messagers portant des offrandes afin d’inviter Padmasambava à la fondation du monastère de Samyé. Parmi eux se trouvait son ministre d’état (zhang blon) et proche compagnon Nanam Dorje Dudjom. Après son retour d’Inde, Nanam Dorje Dudjom devint le ministre des affaires religieuses du roi (chos blon) et l'un des cinq disciples très proches de Padmasambava, [2] et il resta proche du gourou durant la période de sa plus grande activité d’enseignant. Comme résultat de la pratique des nombreuses instructions ésotériques qui lui avaient été conférées, Nanam Dorje Dudjom devint maître de l’esprit et de l'énergie. Maîtrisant la pratique de Vajrakilaya, il atteignit l’éveil insurpassable, ce qu’il démontra par des exploits tels que passer à travers la roche solide ou parcourir de longues distances en un clin d’oeil. Connus comme étant d’une importance vitale pour la protection des futurs descendants du roi Trisrong Detsen, les enseignements reçus par Nanam Dorje Dudjom au cours de son existence furent précautionneusement dissimulés dans une grotte de montagne où Padmasambhava et son entourage méditèrent durant sept ans. Il fut placé à côté des textes des images de Vajrakila et des dix rois courroucés, ainsi qu'une dague rituelle (kila) plantée dans la roche et un feu s'allumant spontanément. Tout cela fut ensuite scellé par gourou Padmasambhava lui-même, qui inscrivit trois lettres symboliques sur la porte de la grotte contenant le trésor et cacha trois clés au sommet de la montagne. Il marqua finalement le milieu de la montagne de 600 joyaux obtenus du gardien nagaraja (roi des nagas). Il prédit que cette montagne était destinée à devenir une demeure de bouddhéité et que ses trésors, qui  seraient révélés dans le futur, bénéficieraient au Tibet en général et contribueraient au bien-être de la lignée royale en particulier.

En 1173, Nanam Dorje Dudjom prit renaissance au Tibet, à Tropou cette fois, dans le Tsang méridional. Il était connu tantôt sous le nom de Jampa Pel le traducteur, tantôt sous le nom de Balpo A Hum Bar le yogi tantrique. Au cours de cette vie, il révéla quelques termas cachés à Paro, au Bhoutan, et qui furent transmis par Palgawa Lungpa. A l'époque de Kongtrul Lodrö Thaye, ces textes avaient disparu mais plus tard, Jamyang Khyentse en reçut une ancienne copie des mains d’une dakini et put alors les inclure dans le Rinchen Terdzod (grand recueil de textes trésors) avec ses propres notes supplémentaires.

Enfance

Ngödroup Gyaltsen, (Bannière de Victoire de l’Accomplissement Spirituel) naquit en 1337, le dixième jour du premier mois de l’année du boeuf de feu,  dans la région de Nyan-yul (Place des Démons Serpents) ou Thoyor Nagpo (Pays des Monticules de Pierres Noires), près du mont Trazang dans la région de Tsang, à l’Ouest, juste au Nord de Tchung Riwotché. [3] Au moment de sa naissance, le ciel s’emplit de lumière d’arc-en-ciel et l’air s'emplit d'une délicieuse fragrance. Des fleurs tombèrent du ciel et l’on entendit de la musique. Sur son corps de nouveau né, on put voir des signes auspicieux tels qu’un vajra sur le front, la syllabe germe sacrée OM sur le buste, une conque au niveau du cou et une paire de grains de beauté blancs et noirs au sommet de la tête.

La mère de Ngödroup Gyaltsen, Djotcham Namkhye Dren, était une femme vertueuse de noble descendance et fille d’un adepte des mantras appelé Dopa, fils de Phugtcha. Le père de Ngödrup Gyaltsen, Lopön Dudul, appartenait au clan de Dedjin Hor dont la lignée ancestrale remontait au roi mongolien Gurser. Namo Lungpa Lopdpon Dudul  était également un yogi tantrique ayant des compétences dans les pratiques de Mayajala, Matarah et de Phurbu ze’u smug gu, premier cycle de la divinité Vajrakila transmis à sa famille plusieurs générations auparavant. Le jeune  Ngödrub Gyaltsen étudia ces doctrines sous la tutelle de son père et se montra dès son plus jeune âge d’une grande habilité tant au niveau de la compréhension que de la pratique, perfectionnant le samadhi de Vajrakila à l’âge de huit ans. Après la mort de son père, ce fût d’abord sa mère qui continua son éducation, puis le professeur Palchen Bumpa, de Se, et son frère Legpawa.

A l’âge de onze ans, en accord avec les prophéties de Padmasambhava, trois excroissances de plumes apparurent au sommet de sa tête, et à vingt trois ans, il en avait cinq. Comme ces excroissances ressemblaient au plumage d’un vautour, il devint fameux sous le nom de God kyi Dem Thru Tchen,  `Celui au plumage de vautour´.  Ces signes extraordinaires étaient reconnus comme les marques d’un être réellement spécial. Il devint également connu sous le nom de  Mahavidyadhara (Rigdzin Tchenpo), titre qui fût maintenu pour chacune de ses incarnations.

Découverte des Trésors du Nord

A 25 ans, Rigdzin Godem trouva sur le flanc Est du mont Trazang le premier des joyaux naga. Ce signe que Padmasabhava lui avait laissé avait la forme d’un cristal exagonal, la taille d’un oeuf d’oie et fut découvert au cœur d’un écrin sphérique empli de nectar parfumé et étincelant comme le soleil. Durant cette même période, alors que le précédant Dorje Dudjom était incarné en la personne de Rigdzin Godem, le premier Lhassè Mouthri Tsenpo (fils du roi Trisron Detsen) prit naissance en tant que Toulkou Zangpo Dragpa à Lateu dans le Sud. Moine de l’école Kagyud, il pratiqua avec résolution, en retraite, jusqu’à l’apparition des signes de succès. Grâce aux bénédictions de Padmasabhava, qui était alors apparu comme yogi et qui l’entrainait, Zangpo Dragpa révéla un grand nombre de textes trésors, dont faisaient partie le fameuse `Prières en Sept Branches de Padmasabhava´ (Le’u Dunma) et la `Prière qui Elimine Tous les Obstacles du Chemin´ (Soldeb Bartche Lamsel). Il révéla les rituels de Hayagriva et de Maitreya dans le  temple de Drampa-Djang construit au septième siècle par Songtsen Gampo. [4] En 1364 à Djang Yonpo Lung, il découvrit plusieurs sadhanas de Vajrapani, plusieurs guides de lieux de pélerinages, et plusieurs clés permettant de découvrir d’autres termas. Parmi ces textes, huit étaient reliés aux trésors cachés de Zangzang Lhadrag, dont le Gabpa Nying gi Demig (Clé du Coeur Caché) - qui mentionne spécialement la découverte du joyau naga du flanc Est du Mont Trazang, - et l’inventaire essentiel (snying byang) intitulé Mengag Nèkyi Don Dunma. [5]
A la nouvelle année (février / mars 1365), Zangpo Dragpa confia ces textes à Tonpa Sönam Wangtchoug [6] ainsi qu’à deux de ses compagnons, avec pour instruction de les transmettre à un yogi qu’ils étaient supposés rencontrer à l’Est, sur la montagne Zangzang, portant dans les mains une statue ou un rosaire et qui engagerait la conversation avec eux au sujet de Tashi Dè, le dirigeant de Goungthang. [7]

Une semaine plus tard, alors que les trois voyageurs déjeunaient sur la rive d’un ruisseau près du monastère de Dragloung dans le Yarou septentrional, Godemchen arriva venant de Namoloung, tenant dans les mains une image en laiton de Vajrakila et un rosaire. Lorsqu’ils commencèrent à parler, Rigdzin Godem se lamenta de la mort de Thri Tashi Dè. Toutes les conditions de la prophétie étaient donc accomplies. Le reconnaissant comme étant celui qu’ils cherchaient, ils lui transmirent les parchemins trésors ainsi qu’une lettre de bons souhaits scellée par Padmasambhava lui-même.

Dès son retour de Namoloung, Rigdzin Godem interpréta l’arrivée de la planète Jupiter dans la huitième maison lunaire [8] comme le signe que le temps était venu de retirer la clé des trésors. A l’aube du huitième jour du mois du serpent de l’année du cheval de feu (1366), un faisceau de lumière blanche venant de l’Est “comme le tronc du kalpalata qui accomplit les désirs”  frappa le sommet du Mont Trazang et une petite zone en dessous marquée par une légère chute de neige. C’est donc dans les environs des trois obélisques (rdo ring) à l’intérieur de la cavité d’un rocher blanc saillant (’dzeng brag dkar po) sous le sommet de Riwo Trazang, que Godem Tchen découvrit le maillon suivant de la chaîne des Trésors du Nord, sous la forme de sept parchemins de papier (shog ril). Ces parchemins étaient gardés dans une boîte en pierre, disposée avec d’autres, de bronze et de cuivre, faisant ainsi office, pour la montagne,  de coeur, de bouche et d’oeil.

  Pour  compenser le fait de retirer ces parchemins, Rigdzin Godem enterra à leur place un autre trésor offert par le roi du Goungthang, et la cavité résultante connue sous le nom de Lung-Seng (Creux Venteux) existerait toujours aujourd'hui. [9] Lors de la célébration de la nouvelle année suivante, lorsque Rigdzin Godem eut trente ans, un arbre fruitier apparu spontanément à cet endroit et l’on pense qu’il s’y trouve encore également.

Deux mois plus tard, le quatrième jour du mois du mouton 1366, Rigdzin Godem s’engagea dans le rituel de transmission de l’abhiseka de Vajrakila à ses disciples. Durant la section préliminaire, juste au moment où il établissait le mandala des divinités dans le corps de ses disciples, le gourou apparut et amena ses adeptes sur une montagne ressemblant à un amas de serpents venimeux (dug sbrul spung ’dra). Les textes décrivent l’air comme délicieusement embaumé et l’espace s'emplit d’arcs-en-ciel lorsque Rigdzin Godem guida ses disciples vers la face Sud-Ouest de la montagne où l’atmosphère rayonnait d’une lumière rouge rubis dans la splendeur du soleil couchant. Ils grimpèrent jusqu’à une grotte de montagne, et laissant deux disciples postés sous l’entrée,  [10] Godemtchen entra et commença à prier. Le ciel s’assombrit après le coucher du soleil, et soudain la roche se mit à trembler comme signe d’arrivée du maître des trésors (gter bdag).

  A minuit, ils allumèrent une série de lampes à beurre. La lumière qu’elles dégageaient permit au groupe de distinguer clairement l’image d’un visvavajra sur la roche. Lorsque le gourou pressa cette marque avec son parchemin de papier (clé symbolique des trésors), il sembla l’ouvrir comme une porte. Celle-ci donnait sur une chambre triangulaire dans laquelle se trouvait un serpent bleu pâle de cuivre liquide au ventre jaune et de l'épaisseur d'un bras d’homme. Il était allongé, enroulé, faisant face au Sud-Est sur un carré de pierre bleue, dont le sommet divisé en neuf parties délimitées par des clous argentés, ressemblait à la carapace d’une tortue. Les replis du serpent ressemblaient à une énorme pierre précieuse octogonale et il y avait sur son coeur trois excroissances ressemblant à des gemmes desquelles fut extrait un rouleau de papier et un joyau symbolique  (rin po che’i rtags tsam cig).

Sur la dalle bleue, caché dans les replis du serpent, était posé un coffret de cuir de couleur bordeaux. C’était l'écrin quintuple des Trésors du Nord. Rigdzin Godem retira du compartiment central de cuir rouge profond le Kunzang Gongpa Zangthal, cycle en quatre volumes connu comme étant l’essence distillée des cent milles textes profonds de la Grande Perfection. Ce cycle devint postérieurement l’un des exposés de la doctrine atiyoga les plus réputés et vénérés du Tibet. De l’intérieur de ce compartiment central, il retira également les enseignements du Lama Rigdzin Doungdrub et d’autres textes relatifs à la sadhana du gourou, deva et dakini, [11] ainsi que des textes de Vajrakilaya de la tradition atiyoga et trois kilas enveloppés de soie bordeaux. Tout cela avait été utilisé par Padmasambhava lui-même.

Il avait utilisé le premier d’entre eux lorsqu’il eut atteint l'accomplissement (de Vidyadhara de longue vie) à Yanglésheu au Népal, le second alors qu’il vit le visage de Vajrakila, à Paltchuwori, et le troisième pour subjuguer les ennemis et obstructeurs à Tagtsang Senge Samdroub, au Bhoutan. [12] Il y avait aussi trente parchemins de papier enveloppés d’un tissu de soie bleue, fermés par des cheveux de Padmasambhava, Trisrong Deutsen, Yeshe Tsogyal, Nanam Dorje Dudjom et d’autres encore, ainsi que diverses autres objets sacrés (byin rlabs kyi rdzas).

Composition des Trésors du Nord

  Le compartiment avant (côté est) du coffret était confectionné d’une conque blanche et contenait des textes du cycle rGyu ’bras la ldog pa, mettant un terme à la causalité (cause et effet). Il contenait également les enseignements du dGongs pa nam mkha’ dang mnyam pa’i chos, sur la similitude entre l’esprit éveillé et le ciel, ainsi que les tantras du cycle Ka dag rang byung rang shar

Côté sud, la chambre dorée du coffre contenait les enseignements sNyen sgrub rnam pa bzhi’i chos, sur la quadruple pratique d’invocation à la déité, et les textes du gSang sgrub Guru drag po rtsal et des bKa’ brgyad drag po rang byung rang shar. Ces importants cycles de rituels devinrent aussi célèbres que “le soleil et la lune„ grâce à l'éclat et à la clarté qu’ils causaient dans l’esprit de ceux qui les pratiquaient. Dans cette même chambre furent trouvés des textes concernant Vajrakila sous sa forme de Mahottarakila à neuf visages et dix-huit mains.

Du compartiment ouest, de cuivre rouge, Rigdzin Goddem retira le rTen ’brel khyad par can et le Phyi sgrub ’gro ba kun grol faisant partie du cycle  rTen ’brel chos bdun. Il retira également le Tsan dan gyi sdong bu lta bu’i chos et un volume dans lequel on trouva les enseignements sur  rTa mgrin dregs pa dbang sdud, le ’Khor ’das dbang sdud et le Lha chen, ainsi qu’un volume supplémentaire contenant le Byang chub sems dpa’i spyod dbang.

Côté nord, dans le compartiment de fer noir, furent trouvés les textes des rituels courroucés les plus violents. Plusieurs enseignements de Vajrakila ont été retirés de cette chambre du coffret ainsi que le dGra bgegs thal bar rlog pa’i chos, un texte qui est dit être aussi pernicieux que la tige d’une plante vénéneuse (dug gi sdong po lta bu). Huit traités sur la combinaison du rituel de médecine (sman gyi tshad byas pa) ont également été trouvés là, ainsi que des commentaires supplémentaires (upadesha) et des instructions quant à la manière de “croiser des fils„ (mdos) [13] mais ces textes n’ont pas tous été transcrits et propagés.

Première diffusion

  Après avoir découvert ces cinq trésors d’enseignements (mdzod lnga), Rigdzin Godem organisa chacune des sections en 101 parties et  réarrangea  les rouleaux de papier jaune (shog ser po ti) en paires, comme mère et fils, marqués des trois syllabes germes (bija) des quatre déesses des portes. Rigdzin Godem  construisit un petit monastère à Trazang, qu’il laissa ensuite en héritage comme résidence à son fils Namgyal Gonpo, et y enseigna les doctrines contenues dans le quintuple trésor à son fils, sa femme et à quelques uns de ses disciples. [14]
Ces enseignements devinrent connus sous le nom de Tchangter ou Trésors du Nord pour les distinguer des Lhoter (Trésors du Sud) qui avaient été révélés précédement par Nyangral Nyima Euzer (1136–1204) et par Guru Tcheuwang (1212–1270). Ces trois tertons sont reconnus au Tibet comme les émanations du corps, de la parole et de l’esprit de Padmasambhava lui-même et comme les trois plus grands terteuns.

Les terres cachées

Rigdzin Godem a également découvert les sept ‘terres cachées’ (sbas yul) où l’on peut vivre dans le bonheur et la paix, tout en étudiant le Dharma. [15] Il se rendit au Sikkim l’année du boeuf, et résida dans cette région durant 11 ans (1373–1384), expérimentant de nombreux rêves prophétiques, accomplissant des miracles pour le bénéfice de tous les êtres, et transformant cette terre (particulièrement la Grotte de Roche Blanche de Tashiding par sa bénédiction en un lieu puissant pour la méditation. [16] Dans la Chronique des dirigeants du Sikkim, le culte local dédié à la montagne la plus sacrée de la région (Gangs-chen mdzod-lnga) est décrit comme faisant partie du travail du terton Tchangter suivant, Sherab Mebar (fondateur du monastère de Khordong).

En plus des Termas qu’il révéla lui-même, Rigdzin Goddem détenait la clé de nombreux autres lieux cachés (them byang, kha byang) et il joua donc un rôle important dans l’exhumation de beaucoup d’autres textes et de puissants objets de culte.

  Les prophéties qui décrivent les trésors de Zangzang Lhadrag comme étant d’une importance particulière pour la dynastie des descendants de Trisong Detsen s’accomplirent en 1389 lorsque Rigdzin Godem, âgé alors de 52 ans, fut nommé principal précepteur du roi de Goungthang, Tchogdroubde. [17] Le Lama transmit au roi un grand nombre d’instructions et de transmissions de pouvoir, et lui offrit le kila de Padmasambhava, appelé Sid Soum Duddul [18] ainsi que d’autres puissants objets sacrés. Il est fait référence dans nos texte d’un objet de culte particulier, considéré comme spécialement puissant pour les descendants de la lignée royale: ‘le précioux Gong khug ma’. Personne ne sait avec certitude si cet objet est lui-même un texte ou un kila de rituel que le siddha d’Oddiyana portait toujours sur lui et qui aurait ensuite été légué avec les instructions orales appropriées par Yeshe Tsogyal. [19] Il représente en tout cas le pouvoir de Vajrakila et incarne l’essence des doctrines de Vajrakila.

C’est durant cette période où il résidait avec le roi  Tchogdroubde que Rigdzin Godem ouvrit la terre secrète de Kyimo Loung. Il passa cependant la majeure partie du temps à méditer dans son monastère à Riwo Palbar, que lui avait offert le roi.

 Au cours de l’été de l’année du serpent de fer (1401), Rigdzin Godem donna la transmission du Gongpa Zangthal à quinze de ses adeptes sur le Seton Thougdjé Gyaltsen. Une branche importante de la lignée fut donc renforcée à Se.
 
A Zilnon au Sikkim, en 1408, année de la souris male de terre, Rigdzin Godem, âgé alors de 71 ans, partit vers les terres pures. Le grand nombre d’enseignements et de préceptes tantriques spéciaux qu’il légua pour la postérité fut transmis à travers trois lignées connues comme les lignées de la Mère, du Fils et du Disciple. Les détenteurs successifs des trois doctrines sont renommés pour avoir atteint de nombreux siddhi ordinaires et supérieurs.




Notes
 
   [1]  Le Ier  Dalai Lama énuméra et nomma les incarnations antérieures des Tertons Tchangter  en Inde et au Népal:
(1) Samantabhadra, le dharmakaya,
(2) Vajrasattva, le sambhogakaya,
(3) Vajragarbha, le nirmanakaya qui reccueillit toutes les doctrines du bouddhisme ésotérique,
(4) Khye'u-chung she-la rog-po,
(5) rGyal-sras deva bzang-skyong,
(6) Byang-sems ye-shes snying-po,
(7) bKa'i-sdud-po Nam-mkha'i mdog-can (connu également comme Vajragarbha II),
(8) sKye-rgu'i bdag-mo,
(9) mKha-'gro bde-ldan-ma,
(10) mKha-'gro rig-byed bde-ma,
(11) Yid-byin (sbyin) dpal,
(12) le ministre du Dharma  (chos kyi blon po) Blo-gros-mchog,
(13) Byang-sems nam-mkha'i snying-po,
(14) Sems-dpa' chen-po nor-bu 'dzin-pa,
(15) bDe-ba'i rdo-rje,
(16) Drag-po gtum-po,
(17) Sakyamitra,
(18) le bhiksu Zhi-ba'i snying-po,
(19) lha-lcam Mandarava (Yid-'dzin lha-mo),
(20) le vendeur de bière Vinasa,
(21) le ministre du Dharma Ye-shes-gsal,
(22) bTsun-mo 'od-'chang-ma,
(23) bDe-ba'i 'byung-gnas,
(24) la dakini Gar-gyi dbang-phyug (Nartesvari),
(25) la dakini Susati (bDe-'byung II),
(26) Ded-dpon ka-kha-'dzin, et
(27) la Népalaise Jinamitra.
 
[2] Las can dag pa'i 'khor lnga, "le cercle des cinq fortunés ", était composé de Nanam Dorje Dudjom, le roi Thrisong Deutsen, son fils le prince Mutri Tsenpo, Namkha'i Nyingpo et la dame Yeshe Tsogyal.
[3] Ce lieu fait partie de la "myriarchie" (khri skor) de Byang, une des 13 "myriarchies" du Tibet Central durant la période Mongole (dynastie de Yuan). Il fait partie du domaine appelé  Lateud (partie occidentale du Tsang), dont la capital est Ngam-ring.
[4] C’est un des 12 temples construit par Songtsen Gampo pour subjuguer et maintenir sous contrôle la démone du Tibet. On dit qu’il presse sa hanche gauche.
[5] D’autres textes, amples, moyens et abrégés portent les titres: sNying byang rgyas pa gnad kyi them bu, ’Bring po thugs rje’i ’od zer, et bsDus pa thugs rje’i lcags kyu. Joints à ces derniers, il y avait également le Phyir zlog ’khor lo ’bar ba, le Zhal chems thugs kyi thig pa, le Kha byang gter gyi bang mdzod, et le Lam byang gsal ba’i sgron me.
[6] Un maître vinaya impliqué dans l’ordination de Rintchen Joungné. G.Roerich, Les Annales Bleues page 634 (titre original: A vinaya master involved in the ordination of Rin-chen 'byung-gnas. G.Roerich, The Blue Annals)
[7] Le royaume de Gung-thang se trouve au sud-ouest de Byang. Sa capital est Dzongkar, située à la fin de la vallée de la rivière Trisul-Gandaki. Entre ce lieu et le lac sPa-gu se trouve le fameux passage Goung-thang par lequel Padmasambhava entra au Tibet et le quitta. Tashi Dè y régna entre 1352 et 1365, son fils, Phuntsog Dè, entre 1365 et 1370 (voir  note 9 ci-dessous) et  Tchogdroub Dè régna de 1370 à 1396.
[8] Cette configuration auspicieuse marqua la naissance du Bouddha. Buddhacarita I.9, II.36.
[9] Tri Phuntsog Dè, à l’époque roi de Goungthang, n’était pas bien disposé à l’égard du Terteun Rigdzin Godem et les offrandes qu’il lui faisait parvenir étaient maigres. Rigdzin Godem retira donc les parchemins qui protégeaient la lignée royale et les dissimula à nouveau à Riwo Palbar. Ils furent restitués par la suite au fils aîné du roi, Tchogdroub Dè, avec qui le Terteun entretenait d’excellentes relations. Tri Phuntsog Dè fut assassiné en 1370.
[10] Les deux qui furent laissés dehors étaient  Dorje Gonpo et Sangyé Tenpa (voir note 14, ci-dessous). La grotte est depuis lors connue sous le nom de Lha’i Kyétsel, Le Bosquet du Plaisir des Dieux.
[11] Connu comme  "les trois racines" de la pratique tantrique.
[12] Padmasambhava lui-même disait ces mots: “Ce trésor contient un kila en fer forgé de la même longueur que ma main, élaboré par Paltseg, le forgeron de Mon. Il a été consacré en tant que karmakila et donc, par le simple fait de le brandir dans les airs, toutes les espiègleries des ennemis et des obstructeurs seront immédiatement écartées.  Ce kila se nomme Sid Soum Duddul (Controleur des Démons des Trois Mondes) et son activité est de réprimer toutes les interférences démoniaques. Il y a également un kila ayant reçu les bénédictions de Krodhamañjusri (Yamantaka) qui, lui, fut taillé en bois de rose noir par des experts chinois. Sa longueur équivaut à la largeur de huit de mes doigts et il est à utiliser lors de la méditation. Il porte le nom de ’Barwatchog’ (Radiance Suprême) et celui qui le détiendra verra très rapidement le visage de la déité Vajrakumara. Dans ce trésor,  il y a encore un autre kila fabriqué par un expert indien à partir de cinq métaux différents. Sa longueur correspond à la largeur de cinq de mes doigts et il porte le nom de Sè Tchog Nyima (Rayon du Soleil Suprême). Son activité est telle que la lignée familiale de son propriétaire sera entretenue durant plusieurs générations.” A33, 239-240.
 
[13] Aucune de mes sources n’indique de doctrines bonpo parmi ses découvertes à moins qu’elles ne soient indiquées par les mots "mDos ... et plus loin  upadesa".  Ramon Prats et Tulku Thondup disent cependant que  Godemchen est vénéré par les Bonpo comme un terton (Prats le nomma dPon-gsas khyung-thog) mais aucun ne donne de précision concernant les révélations qui lui sont attribuées. (Issu des livres de: R.Prats, " Some Preliminary Considerations Arising from a Biographical Study of the Early gTer-ston"  page 259 et de T.Thondup, "Buddha Mind", page 110)
[14] Selon le Vème  Dalai Lama, Rigdzin Godem légua 32 de ses enseignements à son fils Namgyal Gonpo sous forme d’instructions et d’initiations, 15 à Dordje Gonpo et 4 à son oncle Sangyé Tenpa (aka Lama Dopawa). Dorje Gonpo et son oncle Sangyé Tenpa étaient du reste présents lorsque les trésors furent initialement découverts. Il en donna 4 autres à son oncle Sangyé Djamzang, et 7 à son neveu Dorjé Palwa. Namkha Drapa et Déleg Gyaltsen en reçurent chacun 3.  Comptaient parmi les autres récipiendaires des enseignements originaux : Namkha Seunam, Sangyé Ponchen, Dondroub Palzang, Gonpo Zangpo, et Yeshe Khandro, mais aussi Drubpamo (épouse du gouverneur de Lhodrag), les rois Phuntsogs Dè et Tchog Droub Dè (rois de Goungthang), Thugdjé Gyaltsen (le professeur de la région de Se, qui contribua grandement à l’établissement du Tchangter), Nyima Zangpo (le jeune auteur de la biographie du Terton Godem et qui resta en sa compagnie les dix dernières années de sa vie) et, bien sûr, la femme de Rigdzin Godem, au sujet de laquelle la biographie est étrangement silencieuse. Taglung Tsetrul Rinpoche parle de “huit fils, huit dames et trois élèves.”
D’après: “A Brief History of Dorjé Drag Monastery” page 5.
[15] La biographie de Rigdzin Godem ne mentionne que deux pays cachés: Drèmo Zhong et Kyimo Loung. Le Vèm Dalai Lama montre cependant que le Terteun possédait les guides pour les sept pays cachés suivants: ’Drèmo Zhong, Dèden Kyimo Loung, Bèpa Padma’i Tsel, Rolpa Khandro Ling, Gylagyi Khenpa Loung, Lha’i Phodrang ding, et Dromo Khud. Il avait également la clé de Yolmo Gang, Boulè gang, Drèmo Khud, et Tagso Gangra. Johan Reinhard dans son article"Khembalung, la vallée cachée" énumère et nomme les septs terres cachées comme: Khumbu, Helambu, Rongshar, Lapchi, Dolpo, Nubri et Sikkim. Il n’est hélas pas possible d’accorder exactement ces deux listes. Au sujet de Helambu, veuillez vous référer à l’annexe Yolmo du présent document. En ce qui concerne le Sikkim, voyez la note suivante.
[16] Consultez le document édité en anglais: “Pilgrim’s Guide to the Hidden Land of Sikkim,” Bulletin of Tibetology, 2003.
[17] Voir la note 7 ci-dessus.
[18] Voir la note 12 ci-dessus.